Création

Atelier d’écriture Saison 20/21

Créations littéraires des adhérents

Textes rédigés par les adhérent·e·s inscrit·e·s à l’atelier d’écriture animé par Valéry Meynadier.

Tracer des mots comme on trace un chemin. La feuille est un territoire, une frontière, un espace temps où « Je » se pose. Ce laboratoire propose des expériences d’écriture comme d’écrire de droite à gauche, en tout petit ou en tout gros sur des feuilles maigres ou épaisses. Dans le but de trouver sa voix intérieure, une voie qui vous ressemble, via des consignes formelles & des consignes à thème. Comme le corps est le support premier de l’écriture, c’est lui qui tient le stylo, tape sur le clavier, il est invité lui aussi à prendre la parole. En se tenant debout, sur une scène imaginaire ou bien en chuchotant le texte qui vient d’être écrit dans l’oreille de son voisin, ou encore, avec un masque blanc dire…

Ecouter le texte. Entendre le corps. Qu’est ce qui se dit ?

Consigne 1

Écrire masqué

« Larvato prodeo » » la formule de Descartes, « j’avance masqué »

C’est une première pour moi, d’écrire avec des gens masqués…
Aussi, j’ai décidé de faire la peau aux masques via d’autres masques…
Fidèle au vieil adage, soigner le mal par le mal, ce sera donc pour ce premier atelier, Retirer le masque par le masque…

1– Se choisir un masque totem

Voici une sélection de masques susceptibles de vous attirer, vous parler, se faire entendre, attendre de vous quelque chose, un dialogue peut être entre vous & le masque élu

C’est quoi un masque ?
Une histoire d’initié ? De protection ? D’entité ? Un signe de l’univers d’un Dieu, de Dionysos, par exemple ? Une possible assimilation d’un autre en soi ?

Florilège de masques ! Du théâtre, grec, antique au théâtre latin, son héritier, sans oublier le théâtre masqué balinais, la commedia dell’arte, le nô japonais, etc…

& aussi les masques de lutte libre…
Les masques tibétains d’Asie
Les masques des Îles Carolines, pour l’Océanie
Les masques du Guatemala pour les Amériques
& même des masques de la honte, en voici un exposé en Écosse-
Aussi appelés Masque d’infamie : « Les condamnés doivent se montrer sur les marchés et aux endroits d’affluence pour en supporter la honte. Ils avaient heureusement pour avantage de les protéger dans une certaine mesure des détritus et autres que l’on prenait un malin plaisir à leur lancer aux visages … »*

Dans la sélection de masques, vous avez aussi un masque de pierre de 9 000 ans trouvé dans le sud du désert de Judée, de grands yeux vides écarquillés sur quel monde ?
Au nom d’un rituel funéraire, il existait ? Ou simplement d’une tenue de fête ?
Qui sait ?

2– Vous avez choisi votre masque
Il vous dit des choses ? Sa vie, son histoire…
Vous l’écoutez & devenez son scribe…
Vous retranscrivez…
Sous quel mode ?
En Il ? En Elle, si c’est un masque féminin…

3– Ou bien, vous le mettez & vous voyez à travers ses yeux…
Vous voyez quoi ?
Vous vous retrouvez où ? Quelle région ? Quelle saison, avec qui ?
Vous devenez qui ?

Par exemple, votre masque Totem est le masque de la honte, mesure punitive du moyen âge, surtout les femmes en portaient… Vous voici au Moyen Âge… C’est l’époque de Charlemagne, de l’inquisition… Derrière le masque, une femme qui a volé parce qu’elle a deux gamins à la maison…

C’est quoi la honte ?
« Un des signes des temps barbares est que l’ignorance n’a plus de honte. » Charles Dantzig

Ce masque imposé, aujourd’hui, nous dit beaucoup plus qu’on ne peut imaginer… Il est un peu, comme le discours de l’autre, « L’inconscient, c’est le discours de l’Autre » dit Lacan
De quel autre, il s’agit ?

Je vous demande un récit d’une dizaine de lignes, vous êtes passé derrière le masque & vous voyez par ses yeux…

Vous êtes à côté au masque & vous racontez ce qu’il vous dicte

4– Ou bien, encore, petit 4 vous êtes en face du face, & vous engagez un dialogue, ping pong de paroles, vous rentrez dans le moulin à paroles, vous lui, lui vous…

Écrire, n’est ce pas un peu une façon de mettre « Bas les masques » ? Le sien ou celui de l’autre ?
Expression française du début du XVIIème siècle où le masque est le symbole de la fourberie, métaphore de la tromperie. Cette expression existe depuis le XVIème.

Pendant les épidémies de peste, les médecins portaient des masques en forme de long bec d’oiseau recourbé rempli d’herbes aromatiques pour les protéger de l’air putride.
Sous l’empire romain, il y avait des masques fabriqués à partir de vessie animale portés par les mineurs pour se protéger des vapeurs nocives.

Nous aussi, au XXIème, on a notre masque, on rentre dans la « masquarade », masque de protection contre le Covid-19… Une rumeur circule, ce masque ne sert à rien, ne protège personne… On le met quand même, on sait jamais… Dans le doute…
Si l’envie d’écrire ce masque là, avec plaisir… Mais alors sous la forme d’une dystopie- (proposition 5)
Une dystopie est un genre littéraire d’aujourd’hui, c’est le contraire de l’utopie, c’est demain aggravé, demain noir, malade… C’est un récit qui flirte avec la science fiction & le réel… C’est dire qu’on écrit sur un fil.
Alain Damasio* est un maître en la matière. Son dernier livre : Les Furtifs, aux éditions La Volte.
Extrait : « Quand j’ai parlé des degrés de liberté aux adolescents, ces degrés que le numérique leur a fait perdre par rapport à leurs grands-parents - anonymat des échanges, des courriers, des achats par exemple, liberté d’expression sans trace - ils ont commencé à mordre. Ça s’est senti aux regards, aux discussions parasites dans les travées, aux questions. Le sujet les touche, naturellement, ils le vivent, ils sont nés dans ce monde bagué où le moindre de leur acte s’enregistre et informe un tiers de ce qu’ils sont et font. (...)
Chez cette génération, la tranche d’attention continue avoisine les trente secondes. Elle était encore de deux minutes il y a dix ans. »

Personne ne prendra le masque de la honte, il me revient donc, à moi, Animatrice, de le considérer…
Ça m’va…
La dystopie me fait de l’œil…

Proposition 5

En 2050, ils vivaient tous masqués tant la mauvaise conscience les harcelait. 105 années de paix, quand tout autour, ça brûlait. Plus un arbre de vrai, tous en plastique… Mauvaise conscience planquée dans un angle mort de l’inconscient. Acide & purulente. Ils avaient honte, honte de tout, de leur confort car le reste du monde en ruines, honte des bons petits plats mijotés dans leurs cuistances, & de ce qu’ils jetaient dans les poubelles car plus de clodos dehors… Les clodos, ils étaient de l’autre côté du mur… Un grand vaste mur putassier. Certains, au péril d’une réprimande électrique, allaient encore jeter de la mangeaille de l’autre côté du mur… Il fallait entendre alors les cris des restes d’hommes !
Ils vivaient entre eux, ne sortaient que pour le strict nécessaire, mais un nécessaire de luxe… Les gouvernements avaient fait croire à un virus terrible, décimeur, c’était là, au tout début de la pandémie que les masques s’étaient pointés sur les visages…
Comment savoir que c’était là, la mort de nos visages en proue de notre humanité ?
Même chez eux, ils n’osaient plus enlever le masque, ils dormaient avec… Avec des rêves morts. Mais ça mangeait, ça buvait, ça regardait mastoc de série & ça pondait toujours jusqu’au jour où le fœtus s’est fait son propre masque, tissé dans les tissus de maman. »

* https://www.adraqh.fr/le-saviez-vous-les-masques-de-la-honte-au-moyen-age/*https://*
*www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/alain-damasio-la-disparition

Valéry Meynadier


La femme au masque chourouge

Je suis la femme au masque chourouge. Je suis du cru, enraciné dans le terroir. J’ai puisé ma sève dans l’acidité du sol. Burinant du matin au soir pour le quart d’un quignon de pain, mon lait s’est asséché et le fruit de mes entrailles a rejoint cette terre qui refuse de me rendre grâce. Mes larmes n’ont réussi qu’à irriguer sa petite tombe et de là est sorti un jour, ce que je croyais être une mauvaise herbe. Mes mains ont tenté de l’arracher mais la terre s’est soulevée. Un fluide brûlant a parcouru mes mains, j’ai vu mes veines gonflées s’emmêler, se nouer, se tordre de douleur. Rapidement, ce courant est passé dans mes bras, mon buste, mes épaules, mon cou … J’ai perdu connaissance… Je ne sais pas combien de temps, combien de jours, je suis restée ainsi, couchée face contre terre au pied du lit de mon enfant. Quand je suis revenue à moi, il me semblait que l’on avait changé de saison : la terre semblait moins aride, mais plus pauvre encore. J’ai ressenti le froid, l’humidité. Rentrant à la masure, j’ai croisé le meunier du village. Il a poussé un cri en me voyant et il s’est enfui. Cela ne m’a pas plus surpris que cela : c’est un peu le simplet de chez nous, un croisement de sang impur, si vous voyez ce que je veux dire… Un peu plus loin j’ai rencontré Mariette, la gardeuse d’oies, elle paraissait effrayée et m’a demandé ce qui était arrivé à mon visage. Je ne l’ai pas comprise. Elle a pris mes mains et les a posées dessus. Cela ressemblait à la peau d’une très vieille femme, ridée de partout. J’ai pensé avoir été brûlée. Mariette m’a emmené chez l’apothicaire. Il m’a tendu un miroir… Une feuille de chou recouvrait mon visage. J’ai planté mes ongles et tenter de l’arracher, mais ses nervures avaient remplacé ma peau. Croyant être possédée par le démon, je m’acharnais sur mon visage. Le sang ruisselait et la feuille de chou est devenue rouge.

Voilà bientôt trente ans que suis la femme au masque chourouge. De par le monde, on vient me voir. J’ai maintenant une charmante petite maison, avec tout le confort que l’on peut souhaiter. Je n’ai plus le temps de buriner la terre. Je suis trop occupée à recevoir, pour de coquettes petites sommes, tous les curieux et amateurs de faits étranges. Mon enfant a maintenant la plus belle tombe du village et tous les jours j’y fait porter des fleurs. Ah, j’oubliais de vous dire : j’ai poussé la coquetterie jusqu’à me faire teindre les cheveux en roux. Je trouve que cela renforce la beauté de mon teint.

Julianna


Ecrire masqué

Elle avance masquée, déguisée comme des milliers qui fêtent le 145 eme carnaval de Granville.
Cette fête signifie "enlever la viande" ; en effet le lendemain c’est carême et à l’époque les pêcheurs partaient vers Terre neuve . Alors pendant 4 jours on ripaille, on danse, on chante...Il est permis de se moquer, de ridiculiser l’actualité ou autre thème. C’est la même liberté d’expression que défend Charlie.
Tout le monde se mélange, fusionne dans un délire avec le masque qui lui plaît. Elle va ainsi transgresser les codes, exorciser ses peurs . L’ordre sociétal est renversé. Chacun peut se prendre pour ce qu’il n’est pas.
Le dernier soir Carnaval rend les clés à la ville et sera jugé et brûlé sur une barque dans la mer.
Le masque en cachant dévoile une part d’ombre ou de fantasmes inavouables en société. Le défoulement est de mise. Le lendemain tout reprend comme avant après ce passage en délire.

Christine


Trois masques qu’on enlève

1. Autoroute
Je marche sur l’asphalte défoncé, j’évite les trous, parfois je m’arrête devant des arbres tombés. Je suis fatigué. Je respire difficilement. La lumière est orangée ; c’est l’air, chargé de spores des arbres mutants qu’il ne faut surtout pas ingérer. La cartouche filtrante est donnée pour douze heures de fonctionnement, et je marche depuis presque autant de temps. Le relais annoncé n’a sans doute jamais existé.
Je m’arrête. Je n’ai plus de force, plus d’avenir. Je regarde la végétation sèche et hérissée de barbelures qui gagne sur la route. Elle est orange elle aussi. Je vais ôter mon masque.

2. Vendredi
Il est allongé par terre, sur le ventre. Le bambou taillé lui traverse le dos et pointe vers le ciel. Lorsqu’il m’a vu avec le masque peint sur le visage, il a compris immédiatement et s’est enfui. Quand je l’ai rattrapé, il n’a rien dit ; il me regardait avec les yeux ronds, sa poitrine se soulevait dans un rythme désordonné.
Je pose le masque sur la fourche d’un arbre, orienté vers le corps sans vie, je le remercie en invoquant les dieux de mon peuple.
J’ai vécu plusieurs années avec lui. Il me faisait travailler comme une bête, retourner la terre, faucher, chercher de l’eau, dépecer les chèvres, monter des fortifications autour de sa grotte et de l’enclos au cas où les cannibales reviendraient par la mer… Le soir, pour ma récompense, il me lisait la Bible.
Je m’étais mis à la fabrication du masque sans me cacher. Il me demandait : A quoi ça sert ? Je lui disais : C’est un masque, comme on en fait dans mon peuple. Il haussait les épaules et se moquait de moi. Je n’étais qu’un sauvage, un illettré, qui en outre (il riait plus fort) avait failli servir de dîner aux cannibales ! Ha ha ha ha.

3. Grottes
Je regarde la vallée sèche sous le soleil. Sur ses flancs, les arêtes de roches jaillissent comme des mains, des signes. Je porte le masque. Sous un ressaut de la falaise, le feu a été lancé. Nous y allumerons dans un moment les branches enduites de résine qui nous éclaireront. Je me penche, je dispose à mes pieds les pots d’ocre rouge et de charbon de bois, je glisse mes doigts une fois encore le long de l’os évidé qui me servira à souffler les couleurs sur les parois de la grotte. Je regarde la vallée, le ciel, le soleil. Le masque me protège quand je suis sous le ciel. Quand je serai loin sous la roche, je l’enlèverai.

Michel


Consigne 2

« Nolite te salopardes exterminorum »
« ne laissez pas les salopards vous exterminer »

Phrase emblématique du roman de Margaret Atwood

Aujourd’hui, on va écrire un récit, au présent, en trois chapitres, début, milieu, fin…
Si possible avec intrigue… Si pas, pas grave.
On va tenter un genre un peu à la mode, la Dystopie, je vous en ai touché un mot à l’atelier précédent, c’était la proposition 5…

On va revenir là-dessus…

Une dystopie, c’est le contraire de l’utopie, c’est un flirt dark avec le monde de demain…
Dans un premier temps, peut-être, se concentrer sur une peur ou deux, de quoi on a le plus peur ? Le réchauffement climatique ? Les feux de Californie ? Les violences policières ? Les attentats ? Ce qui se cache derrière le masque Covid 19 ? Est-ce vrai que les fameux tests anti Covid par le nez nous envoient des nano-particules ?

« … M. Gates souhaiterait implanter des puces sous-cutanées pour héberger les données de santé des individus et utiliser le Covid-19 « pour la surveillance généralisée des humains ». Ces allégations partagées dans le monde entier ont également connu un certain écho en France lorsque l’actrice Juliette Binoche a publiquement dénoncé en mai les « opérations de Bill Gates » de « puce sous-cutanée…
… Du reste, contrairement à l’idée voulant que Bill Gates ait en tête un plan de puçage mondial de la population, le projet n’a vocation à être déployé que dans les rares pays dépourvus de système de suivi médical. » ETC
Le monde du 24 juin 2020…

Récit de fiction qui décrit un monde utopique sombre.
1984, de George Orwell, est une dystopie.

Ou bien La route de Cormac McCarthy, Prix Pulitzer, vendu à plus de deux millions d’exemplaires aux Etats-Unis. Qui relate la fin du monde.
Très grand auteur, il faut lire Suttree, un travail de 20 ans, une polyphonie de voix aux oubliettes, tous les damnés de la terre y retrouvent leur humanité… & l’oreille fidèle du lecteur…
« Incipit
CHER AMI, maintenant qu’aux heures poudreuses et sans horloge de la ville les rues s’étirent sombres et fumantes dans le sillage des arroseuses, et maintenant que les ivrognes et les sans-logis ont échoué à l’abri des murs dans des ruelles ou des terrains vagues, que les chats vont étiques et les épaules saillantes dans les sinistres environs, en ces couloirs de brique pavés ou laqués de suie où les ombres des fils électriques muent en harpe gothique les portes des caves, nul être ne marchera hormis toi. »

Vous avez aussi un livre magnifique de Jonathan Swift, Le voyage de Gulliver- 1ère Partie : voyage à Lilliput, 2ème partie : Voyage à Brobdingnag, 3ème Partie : Voyage à Laputa, Balnibarbi, Glubbdubdrib, Luggnagg & au Japon…

& la 4ème partie qui nous intéresse davantage : le Voyage chez les Houyhnhnms, où les chevaux ont un langage élaboré quand l’homme alors devenu un Yahoo ressemble à un animal.
Gulliver veut alors se différencier des Yahoos & demande aux Houyhnhnms de ne pas l’appeler Yahoo...

Côté cinoche, pensez à Mélancholia du Danois Lars von Trier, en 2011…
La planète des singes…
Côté série, vous avez aussi La Servante écarlate,* roman dystopique écrit par Margaret Atwood & publié en 1985, traduit en français en 1987.

Peut-être aussi voir les photos de Uğur Gallenkuş, photographe-colleur turque vivant à Istanbul. Il fabrique des collages entre bonheur & malheur, entre paix & guerre, il y a toujours deux mondes dissonants. Il a un compte instagram…
Damasio parle d’images-monde.

Alain Damasio est un écrivain engagé, il fait partie de SOS Méditerranée. Vous vous souvenez de la capitaine Carola Rackete, capitaine, activiste allemande, connue pour avoir forcé le blocus italien en juin 2019, aux commandes du navire humanitaire Sea-Watch 3, à la suite de quoi elle est arrêtée & poursuivie en injustice pour « aide à l’immigration clandestine », avant que la justice italienne n’invalide son arrestation.

Bon, je m’arrête là, je ne vais pas sombrer dans « l’Infobésité » comme dirait
Damasio, très fort en néologisme…

Ce sont des pistes que je lance là, des pistes pour apercevoir demain. C’est là un effort d’imagination puissant, un peu comme un retour tordu à l’enfance. Vous êtes adultes mais vous faites comme si, comme si c’était possible, comme si c’était vrai, c’est là, ça arrive, on y est…
Où ?
Dans quelle espèce de monde ?
Vous avez l’imagination de l’enfant & le développement de l’adulte…
Aujourd’hui est votre rampe de lancement, & demain votre cible…
Demain vient de l’expression latine de mane signifiant littéralement « au matin »…

Comme phrase première, vous pouvez prendre ça : Au matin de …

Lien : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Servante_%C3%A9carlate

« Roman de science-fiction décrit un futur dystopique, peut-être proche, où la religion domine la politique dans un régime totalitaire et où les femmes sont dévalorisées jusqu’à l’asservissement. Elles sont divisées en classes : les Épouses, qui dominent la maison et sont les seules femmes ayant un semblant de pouvoir, les Marthas qui entretiennent la maison et s’occupent aussi de la cuisine, les Éconofemmes, épouses des hommes pauvres, et les Tantes, qui forment les Servantes habillées d’amples robes écarlates dont le rôle est la reproduction humaine. Toutes les autres femmes (trop âgées, infertiles, etc.) sont déportées dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques. Dans ce futur, le taux de natalité est très bas à cause de la pollution et des déchets toxiques de l’atmosphère. Les rares nouveaux-nés sont souvent « inaptes ». »

À lire aussi : Hao Jingfang
Auteure chinoise.

***

Quand vient la lecture :
« Quand les enfants dessinent, ils se penchent sur la table et font tourner, toujours tourner la feuille en s’inclinant et en se balançant, surtout de la tête, de façon presque gymnastique. Les adultes, quant à eux, peut-être simplement parce que leur physique les empêche de faire autrement, ont décidé de fixer le papier avec des clous et d’avoir l’air très solennel, comme s’ils dérangeaient un lapin pendant qu’il mange. Personne ne comprend ce qu’ils font, et eux moins que quiconque peut-être… »
Georg Baselitz

Valéry Meynadier

Année 2042

La consommation d’énergie hydrogène explose. Les réseaux internet saturent. Les serveurs informatiques fondent les uns après les autres, faute d’entretien des circuits de refroidissement. Jour après jour, le monde se déconnecte. Les informations ne transitent plus qu’au niveau local.

Cela fait plus de dix ans que la production d’électricité se passe des énergies fossiles et n’est fondée que sur les renouvelables.
Mais avec une température moyenne en hiver de 25 degrés et l’explosion des commandes en ligne à l’approche de Noël, tout le réseau internet s’est définitivement retrouvé à l’arrêt le 21 décembre 2042.

Les habitations de cette époque fonctionnent principalement via la domotique et l’interconnexion des objets au réseau 15 G. Avec l’effondrement d’internet, les humains ne peuvent plus correctement utiliser les fonctions de leur maison. Certaines familles sont prises au piège de leur habitation.

Paul Meunier habite dans l’Ardèche en France. Ce père de trois enfants est l’un des fondateurs du code Marckl, une nomenclature informatique permettant de hiérarchiser les priorités d’une maison régie par la domotique.
Il est désormais inactif et retiré du consortium W3C, l’organisme qui établit les normes du Web.

En janvier 2043, il reçoit la visite d’un ancien membre de son équipe. Il vient le voir pour mettre sur pied un protocole de reprise en main du code par les habitants eux même. L’objectif est de combiner la production énergétique d’un vélo d’appartement à un boîtier d’édition autonome et ergonomique pour réactiver les commandes domotiques.

La priorité est le rétablissement des systèmes de génération d’air purifié au sein des immeubles.
Dans certaines villes les habitants ne peuvent plus respirer l’air extérieur trop chargé en tritium d’hydrogène.

Paul Meunier accepte de reprendre ses anciennes fonctions.
Il lance en premier lieu la conversion des vélos de ville en mini centrale électrique familiale, en se fondant sur l’expertise des Fab Labs régionaux.

Xavier

Dystopie

Le monde tourne mal, très mal. La vie en société devient impossible chacun ayant le devoir de dénoncer tout ceux qui n’appliquent pas la loi à la lettre au nom de la santé de tous.C’est répréhensible de se réunir à plus de dix, de ne pas sortir une fois par jour, de ne pas sortir son chien trois fois par jour...Il n’y a plus de respect de la vie privée. L’autre est assassin.

Armelle, vêtue de son caban bleu marine, le regard vif, ne comprend pas bien ce qui se passe ; le climat devient suspicieux : des rumeurs circulent, des "je vous dit cela mais je ne dis rien".
La peur grandit ; des rumeurs, des dénonciations ont lieu. Armelle croyait en Rousseau qui considère l’homme comme étant bon par nature et corrompu par la société mais là l’homme se pollue lui même. Elle n’arrête pas de renifler , cherchant à démêler cet imbroglio.

Il n’y a rien à comprendre, alors le cerveau tourne à vide, enfermé par un pseudo devoir de protection.

Armelle a le sentiment que ses neurones sont grillés : qu’est ce qui se passe ? C’est un monde d’abrutis, d’écervelés, cherchant querelle, mentant 100 fois par jour. Elle répète comme un mantra "mais jusqu’où irons nous ?"

A force d’être terrorisé, chacun devient son propre ennemi. Oui continuer et s’exterminer soi même parce que on ne peut plus vivre. A terme, le monde devient celui de suicidés.

Armelle croit encore qu’elle peut changer le monde qui tourne mal. Elle réussit à rencontrer quelqu’un là où cela vibre en elle, entre elle et lui. La certitude d’avoir senti son coeur battre est l’antidote de ce système, de ce monde condamné.

Christine

Néowise en collision avec Zirock

Je viens de fêter mon dixième anniversaire. Je suis inquiète. Aujourd’hui je dois faire ma révision des cinq ans. Comme tout le monde j’ai été programmé à ma naissance. Certains de mes neurones ont dû être sclérosés, d’autres ont été injecté de certains neurotransmetteurs afin d’accroître leur potentialité. Pour mes parents, aujourd’hui est une grande fête : On va me greffer mon premier traceur GPS ainsi qu’une nouvelle carte mémoire. C’est la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte.
Ces trois dernières années des ingénieurs informaticiens ont conçu un nouveau programme pour moi : Mon QI a été multiplié par 3589 (au-delà il paraît que cela peut griller une partie de mon système nerveux dans le lobe occipital), mais dans cinq ans, on pourra encore l’augmenter. En ce qui concerne la partie du cortex qui gère ma mémoire, on erase aujourd’hui tout mon passé afin de laisser plus de place à ma mémoire de travail pour répondre au principe de rendement -efficacité.
Je suis triste de devoir oublier mes petits secrets, les cachettes de ma spatiobulle, le goût des bonbons à la dopamine… Mais bon, il en va paraît-il de la survie de l’espèce humaine. Il faut brider les désirs, les affects, la créativité et simplifier nos réponses aux divers stimuli par des réactions qui suivent un protocole d’algorithmes binaires.
Dans une dizaine d’heures, quand la comète Néowise rencontrera l’astre Zirock, je rentrerai au bloc d’ondes électromagnétiques et gravitationnelles. Ma première opération sera l’ablation de la partie de mon cerveau qui gère les émotions.
J’ai peur… Bientôt, je ne ressentirais plus cette sensation. Cela m’effraie… Comment sera ma vie après ? Je n’arrive pas à l’imaginer… L’oubli… le manque… l’absence… la perte … d’une partie de moi. Comment garder une trace ? … Ecrire dans l’espace les mots qui m’importent et que je ne veux pas oublier, mais s’ils ne veulent plus rien dire pour moi ?
Dessiner quelques hologrammes dans les circuits internes de mon deuxième cerveau. Oui, quelques scientifiques viennent de découvrir que nous possédons un deuxième cerveau dans notre ventre. Si j’arrive à cloisonner ces dessins sous ma cavité abdominale, je pourrais peut-être récupérer un jour quelques souvenirs et ressentir à nouveaux quelques émotions. Grâce à cette éventualité, je sens revenir un peu d’espoir.
Je ne veux pas oublier l’amour !
Je ne veux pas oublier le bonheur !
Je ne veux pas oublier l’essentiel.
Je ne veux pas du vide !
La clameur des oraisons assourdit maintenant l’antichambre du bloc opératoire. Ma famille vient me chercher.
Non c’est beaucoup trop tôt, vous êtes en avance ! … Ce n’est pas possible… Je ne suis pas prête…
Des dizaines de bras m’élèvent, me portent vers le néant. On m’acclame, on chante mes louanges.
Je ne veux pas devenir une des leurs ! non ! NON !!!NNNNOOOOOOOOOOOOONNNNNNNNNNNNNNNNNN

Julianna


Consigne 3

ARTAUISAGE
S’artauïser, c’est toute une histoire, c’est sentir vivre les mots en soi...
Devenir un aquarium vous voulez dire ?
Peut-être

« Mais si j’enfonce un mot violent comme un clou je veux qu’il suppure dans la phrase comme une ecchymose à cent trous »
Artaud

« Je n’ai jamais rien étudié, mais tout vécu et cela m’a appris quelque chose. »

Antonin Artaud, de son vrai nom Antoine Marie Joseph Artaud, écrivain & poète, né à Marseille en septembre 1896, mort (d’un cancer du rectum) à Ivry-sur-Seine en mars 1948

Il est l’auteur de poèmes (L’Ombilic des limbes, 1925) & de textes sur le cinéma, le théâtre (Le Théâtre et son double, 1938), où il fait l’éloge du « théâtre de la cruauté » qui influenceront plus tard de nombreux metteurs en scène du monde entier. Il a également joué dans 25 films en douze ans, notamment dans le Napoléon d’Abel Gance ou La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Theodor Dreyer.

S’artauïser, ça veut dire quoi ?

Ça veut dire : se saisir d’une poignée de milliards de neurones que vous allez triturer.
Autrement dit, vous allez vous concentrer, de tout votre mental, sur un instant de votre vie, quelques secondes, quelques minutes où vous n’êtes plus maître de vous, pour une raison qu’il nous appartiendra de savoir seulement à la dernière ligne de votre texte...

Une joie- une douleur- une peur
« Sois sage, ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille » ou bien
« Sois sage, ô ma joie et tiens-toi plus tranquille »

Vous n’allez pas enlever le masque, au contraire, vous allez travailler sur la frontière du non-dit, en laissant de côté la cause originelle.
Du moins au début.
Vous allez dans le mental même, archéomentalogue, vous êtes... Vous rentrez dans vos sensations pures.
Attention je veux la perte de l’alentour autobiographique.

Plein de systèmes qui disent comment les choses arrivent & pourquoi, d’où ça vient tout ça.
Le Covid vient de Chine & des chauves-souris & après ?

Vous allez isoler cette chose qui vous appartient & mettre de côté toute la biographie appartenant à cette chose-
Pas d’avant
Pas d’après

Votre texte doit se faire mystère, que rien, dans ce qui sera écrit, ne permette de remonter à l’expérience réelle qui en est l’origine. Texte bulle…
D’ailleurs, dans votre feuille, vous allez tracer un énorme rond…

Artaud choisissait comme matériau d’écriture son propre mental, plus précisément son fonctionnement mental.

Comme s’il anesthésiait son corps pour davantage rentrer dans la crudité de sa pensée-
Comme dit Gilles Deleuze, il explorait l’infra-sens, aujourd’hui encore inconnu. De l’adverbe latin infra : « en dessous de, inférieur à, en bas ».

Il ne s’agit en aucun cas d’expliquer…
Il s’agit d’éprouver pendant que ça arrive comment les choses qui se passent se passent.

C’est à dire, tout le long de votre texte, on peut ne rien comprendre, comme dans un rêve...
Seulement à la fin, le pourquoi du comment se révèle...

Comment, de quelle façon, aller soi-même à sa limite & y rester ?
Comment trouver les mots, les phrases qui coïncident avec ce que nous livre si bien Artaud :

Une sensation de brûlure acide dans les membres,
des muscles tordus et comme à vif, le sentiment d’être en verre et brisable, une peur, une rétraction devant le mouvement de la marche, des gestes, des mouvements. Une volonté perpétuellement tendue pour les gestes les plus simples,
le renoncement au simple geste,
une fatigue renversante et centrale, une espèce de fatigue aspirante.
Les mouvements à recomposer...
un état d’engourdissement douloureux, une espèce d’engourdissement localisé à la peau, qui n’interdit aucun mouvement mais change le sentiment interne d’un membre, et donne à la simple station verticale le prix d’un effort victorieux.

L’Ombilic des Limbes

Donc, ne rien laisser deviner du réel source-
Travailler au-dessus du précipice-

Le langage est là pour dire ce qui ne peut-être dit-

Voyez le langage comme un contrepoids, comme la juste pesée des choses-

Là ou l’affect est le plus grand, le langage intervient-
Comment ?
Que nous fait-il ce langage ?

Avec l’écriture, on affronte ce qu’on cache & en même temps on le montre...
Tout dire sans rien dire-
C’est ça le défi de ce soir.

Artaud nous enseigne une nouvelle dimension de la phrase, non pas un enchaînement par emboîtements & liaisons, mais faire texte du moment même ou la phrase vient se composer dans le dire-
Dans ce qui est en train de se dire-
Dans l’effort du dire-
Il y a ce qui est dit & il y a le dire-
Ce qui est dit est dit & il y a ce qui reste à dire-

Il s’agit de laisser la phrase dialoguer avec l’état brut de notre mental- La phrase est consciente de sa naissance dans notre mental, & elle doit s’en arracher pour faire langue, ainsi :

« Savez vous ce qu’est la sensibilité suspendue, cette espèce de vitalité terrifique et scindée en deux, ce point de cohésion nécessaire auquel l’être ne se hausse plus, ce lieu menaçant, ce lieu terrassant »

Veillez surtout à ce que le mystère vive & observez, en bon clinicien, comment le langage fait basculer le mental dans l’expression & nous permet de revivre la chose sous un angle tout a fait différent...

Il y a un type, Victor Garcia, en 1968 qui réclamait le droit de vivre Artaud plutôt que de le lire interminablement
Comment vivre Artaud en l’écrivant ? C’est ça, s’Artauïser !

***

Formellement, je veux beaucoup d’adjectifs & des tirets –
Pas de point aujourd’hui-
Le tiret ne sert pas la séparation mais bien au contraire, c’est un tremplin, une plaque d’orientation de la pensée-
Les milliers de notes des Cahiers de Paul Valéry n’utilisent que le tiret- comme une notation graphique du silence ou bien comme une rupture à l’intérieur de la phrase narrative-
La barre d’attache ou le tiret est un signe de ponctuation majeur-
Amène une respiration autre au cœur du texte-

Pour exemple : Danielle Collobert (1940-1978) dans « il donc », nous introduit à un système d’aplat, comme en peinture, elle segmente énormément, du coup la phrase peut commencer au milieu & finir au début : « il-coule-il se cogne-heurté aux murs-il se ramasse-piétine-il ne va pas plus loin-quatre pas vers la gauche-nouveau mur-il tend les bras-s’appuie-appuie fort-frotte sa tête-encore-plus fort-le front-là-le front-fait mal-frotte plus fort-s’irrite-pas le front-de l’intérieur-pleure

Valéry Meynadier

Le cercle

C’est arrivé comment ? un mauvais geste et tout est parti de tous côtés.
Mes yeux - j’ai eu peur pour nos yeux. Abasourdis - les jambes chancelantes - nous approchons.
La peur se fait la part belle - Je suis pétrie -je ne peux plus respirer - puis trouve la force de lui demander son nom. Il faut prévenir. Cela lui fait encore plus peur -il est terrorisé - l’air dépité.
Mesurer la part du miracle : être là debout-normal. Non ce n’est pas normal d’être là - le soir - en attendant la suite. Pleurs, frissons, abandon, réparation inutile.
Ne plus se disputer mais se serrer dans les bras - se consoler - respirer et s’en souvenir pour la vie.
C’était pareil 50ans plus tôt - non - plus tard au même endroit. Je n’ai pas pensé à elle - J’étais devenue héroïne en un instant alors que c’est venu par malheur. L’angoisse remplace la quiétude pour la vie - la trahison - la honte - le pardon .
A-t-on le droit de vivre quand l’autre est atteint dans sa chair et son âme. Si oui Comment - par quel miracle ?

Christine

Sans titre

  • Préférer les ongles au PH acide - autour de 4 - mains trempées vingt minutes dans le jus de pomme
  • Gratter en frénésie pour emmerder les acariens - déplacement des colonies ou extermination, renouvellement de la flore intestine (pas d’armistice dans les interstices épidermiques)
  • Recueillir les mycoses dans les ridules, agir maintenant, assainir, tirer la peau, l’étirer, craqueler les croûtes (les restes de shampooing mal séché, les poussières)
  • Les poils décolorés sont corrélés avec les neurones éteints : je les étrangle pour les raviver - Empreintes digitales chauffantes qui crament les parasites de troisième génération - Les œufs pas encore éclos - prochains ennemis à abattre.
  • Examiner l’eczéma, y cracher dessus de la salive - PH 6,2 - Langue trempée trois heures dans la bière d’abbaye - 7,3 degrés - Molard malté sur les grains de beauté aux allures asymétriques.
  • Répéter les absolutions à vingt reprises puis rallonger les paupières trente secondes - 5 centimètres minimum - Y ôter une dizaine de cils.
  • Libérer de l’espace directement depuis les cavités orbitaires - Les globes oculaires ont archivé trop de chienlit - Des acariens sont vivaces entre la cornée et le cristallin.
  • Faire venir les larmes - Lavage jusqu’à l’estomac.

Les rougeurs disparaissent.

Manipulations nécessaires pour survivre à la honte.

Xavier


Consigne 4

Exploration d’un mot
Avec le poète performer, Tarkos... écrivain. Des textes mis en scène...
Tarkos, né à Marseille en 1963. Mort en 2004, d’une tumeur au cerveau.
Ma maladie est de parler, et le guérissement de ma maladie est de parler" dans
Anachronisme, son dernier livre paru en 2001.

On va travailler autour d’un mot.
Si Tarkos explore, le mot MOT, ça donne ça : « Le mot mot ment. Le mot mot ne veut rien dire. Pas un mot ne se met à être. Pour qu’un mot existe il faudrait qu’il veuille dire quelque chose. Un être pourrait être désigné. Un mot pourrait vouloir dire quelque chose. » ETC

« Il ne se disait pas poète mais « fabricant de poèmes », un ouvrier du mot. Menuisier doué pour les copeaux, admirable soudeur, fraiseur sans pareil, charpentier ayant fait son tour de France auprès de compagnons, mais aussi employé aux écritures méticuleuses voire obsessionnel, vendeur de journaux à la criée, bateleur public, batteur de jazz. »

Il invente un mot pour les mots la « patmo » ou « pâte-mots.
Pour lui « la langue n’est pas en dehors du monde, c’est aussi concret qu’un sac de sable qui te tombe sur la tête, c’est complètement réel, complètement efficace, efficient, utile. »

& pour vous, les mots, c’est quoi ?

1/ Je vous propose d’explorer le mot fatigue.
Qui se rapporte à quelque chose de très matériel, on la sent, elle est là...

2/ On part de l’étymologie : Fatigare, en latin, littéralement : faire crever. Fatis est la fente ou la crevasse. D’où affatim, qui veut dire jusqu’à éclater, crever, vider complètement de son air, de son jus. Fessus c’est ce qui est fendu, lézardé. Fatisco, c’est ce qui tombe en ruines.*
Exemple de fatigue, dans le poème de Virgile : « C’était la nuit et dans tout l’univers les corps las de travail prenaient l’apaisement du sommeil, les forêts et les mers farouches avaient trouvé leur repos, à l’heure où l’astre roule au sommet de sa course, quand toute terre se tait », Énée alors fait un rêve : l’image d’un dieu, semblable à Mercure, l’avertit qu’il est temps de s’éveiller et de lever l’ancre.
Dans un premier temps, on va explorer ce mot, avec des variations tout en restant collé à ce mot. Selon ce qu’on met avant ou après, les mots changent de couleur, de sens. Le sens des mots oscillent aisément dans la phrase, suivant l’adjectif par exemple placé devant ou derrière : redoutable ou douce fatigue, par exemple...

Vous allez tenter de passer par tous les sens qu’il peut prendre.

La folie en écriture, ce serait de tenter d’employer tous les sens du mot, passé & à venir, avec toutes ces étymologies, l’utopie serait d’écrire avec toutes les couches sémantiques du mot, voire même phonétique.
Qu’est ce que le mot fatigue en tant que son ?

Interroger le mot, le faire parler. Le suivre partout où il veut aller. Ne pas exercer de contrôle dessus.
On essaie de ne pas faire une longue histoire...
Plutôt des petites histoires...
Des vignettes...

Comme Peter Handke dans son Essai sur la fatigue...
Handke, écrivain, traducteur, scénariste & réalisateur autrichien, auteur du scénario du film Les Ailes du désir de Wim Wenders & prix Nobel...

Extrait :
« La fatigue soudain saisit l’enfant au milieu des siens, puis c’est la fatigue mortelle des cours morts de l’université ; mais il y a des fatigues plus profondes, plus intérieures, séparatrices et révélatrices à la fois. Cette fatigue-là creuse les êtres et leur donne aussi une présence nouvelle : c’est la clairvoyance de la fatigue. Elle peut rassembler pour un moment autour d’une entreprise commune - une batteuse -, mais il y a aussi les infatigables, les tueurs survivants de l’extermination, frais et dispos, et leurs guillerets descendants. La fatigue peut être tranquille mais la fatigue la plus grande naît peut-être à la vue de la cruauté toute simple, quotidienne. La fatigue donne forme au monde, elle aiguise la perception, elle établit une infranchissabilité réciproque entre les êtres, mais par là aussi une communication. »

Dans cet essai, Peter Handke se dédouble & se pose des questions tout le long du texte.

3/ Ainsi en sera-t-il au cœur de cet atelier...

Exemple
« Jadis, je ne connaissais que des fatigues redoutables (...).
 Quand jadis ?

Dans l’enfance, au temps des prétendues écoles, oui, dans les années des (...) souffrances (...)
 Quelle souffrance ? »

& ainsi de suite...
La question vous aide à rebondir sur ce mot à mille facettes...

Car tous les mots ont mille visages, indémasquables...
Tout dépend du contexte, de l’ambiance, de la bouche qui le prononce, de l’haleine même si le mot est alcoolisé ou pas...

& si on tentait ce soir de démasquer le mot Fatigue ?

Pour qu’un mot apparaisse il faut tout un concours de circonstances.
Je repense au mot Guerre- dans la bouche de not’président...
Nous sommes aujourd’hui, tous très fatigués...
& voici venir le temps du couvre-feu- & demain ? Demain existe-t-il encore ?

Chaque mot a une histoire un passé comme notre Je intime.
Même inconsciemment, dès qu’on parle, le mot vibre, c’est toute son étymologie, toute son anamnèse qui agit à notre insu.
Le mot fatigue est parcouru de nervures.

Donc tout ce que vous pouvez dire de la fatigue, sur la fatigue, pas de récit.
Des vignettes...
Fouillez ce mot fatigue comme il vous fouille aussi, souvent...

Voyez tout ce qui vous arrive avec ce mot là...

& si un autre mot vous tente, vous défie, à vous de jouer !
Mais je lui veux son étymologie en exergue...

Valéry Meynadier

Encéphalomyélite.

J’ai toujours connu la sensation d’Extrême fatigue. Pour moi la fatigue ne peut être qu’extrême proche de l’agonie. Ma fatigue n’est pas une faiblesse. Je la considère comme une force. Je peux grâce à elle me reposer de tous les tourments de la vie. Elle me sauve de l’ennui. C’est un refuge, un cocon qui me préserve.

Exténuée d’avance devant un paquet de copies à corriger :… Il faut les mettre en pièces, et reconstruire le puzzle en brassant les unes et les autres. D’un seul coup tout est plus drôle !

Non non non ! je ne suis pas comme m’a mère le croit fatiguée de naissance. De longues années d’apprentissage m’ont permis d’arriver à cette forme de jouissance.

Enfance : Légère insuffisance dans le traitement des données scolaires. Elève qui n’en fait qu’à sa tête, s’endort en classe, disparaît dans un havre serein de béatitude. Fronce les sourcils et traîne les pieds.
Dring ! C’est la récrée ! Tous mes moteurs à propulsions sont en marche et s’activent pour trouver quelles facéties faire aujourd’hui.

Adolescence : indisposée - Lassitude : Attitude lacet, nœuds en boucle. Remèdes : purger les vannes. En se débarrassant de ceux qui gènent… Hérédité, chromosomes… Tuer Père et Mère… symboliquement bien sûr, ou pas si sûre ? … afin de pouvoir se projeter… en avant ou en arrière ?
Me voilà, non plus fatiguée mais courant dans tout l’appartement à la recherche de ce fameux livre celui du encore plus fumeux psy-chose.

Age dit mure : Harassée du trainage des convois d’ineptie, me voilà dans l’incapacité d’aller voter.
Faire son devoir de citoyenne, en votant pour le moins pire… Mais dans quelle « Planète des singes » vivons-nous ? … Inapte ! J’ai envie de le crier sur tout les toits. Travail inapte ! Pour toutes les tâches ingrates, routinière, quotidiennes, rébarbatives inapte ! Pour… Non, c’est pas la peine de dire, je suis inapte !!! Mon médecin me l’a dit : je fais maintenant partie des personnes fragiles. Ouf ! enfin ! on reconnaît enfin mon inaptitude à la vie réelle… Je suis atteinte d’ encéphalomyélite. Seul hic, je ne suis pas certaine que cela soit remboursé par la sécu.

Bientôt la retraite :

Ereintée, crevée, anéantie

Me voilà presque à l’apothéose de ma vie. Toute une vie pour en arriver là ! Avoir la paix ou presque. Il me faut quand même être réaliste. Il y aura toujours des emmerdeurs qui me fatigueront d’avance. Comment faire pour les éliminer ? Je vais consacrer le reste d’énergie, et j’en ai bien plus que je ne l’ai jamais dit à personne, parce que je vais récupérer toutes mes heures de somnolence, depuis le début de ma vie… non je ne rigole pas… sacré ça en fait du carburant !! pour me consacrer à cette tâche.

Julianna

La Fatigue

Fatigue, quand tu nous tiens, tout est au dessus de nos forces..C’est devenu ma seconde nature : je ne peux pas, je suis fatiguée.

Fatiguée de quoi ?
La fatigue m’est tombée dessus il y a très longtemps, avant de naître et je m’en suis servie comme d’une excuse !

Une excuse ?

Je vous prie de bien vouloir m’excuser, je ne peux pas être présente ; je rêve, je réfléchis...
J’étais pâle, blanche, et la maîtresse avait décrété que je devais me reposer. C’était devenu un ordre. J’avais mal à la tête et la chose imparable c’était de saigner du nez ! Là il faut se reposer

Se reposer de quoi ?

En fait, j’anticipais et avant que la fatigue n’arrive, j’allais me coucher. Ainsi j’étais dispensée de beaucoup de corvées.
Mon cousin Louis disait après une journée au champ : "je suis esquinté, moulu, lassé".
Ça c’était de la vraie fatigue , de celle qui donne droit au sommeil du juste.

Toi, ce n’était pas de la vraie fatigue ?

C’était comme un manque d’élan ; je me cachais derrière elle et je ne savais plus passer devant ni quand réapparaitre. Tiens la belle endormie se réveille ??
Je voulais revenir dans la danse mais je devais apprendre d’abord et je ne connaissais pas le code d’accès.

C’est compliqué une vie de fatiguée, c’est usant, déprimant ; y a plus de jus !
fafa titi guegue, comme des petits surnoms par flemme de dire le prénom en entier.
Petit chose, pauvre petite fille.

As tu décidé de ne plus être fatiguée ?

C’est venu comme une force souterraine qui ne peut plus être contenue. J’en crevais. Alors je suis entrée dans la danse sans savoir comment faire. C’est tellement bon... Je danse et rien ne m’arrêtera.

Vraiment ?

Non bien sûr, il y a plein de gens qui me fatiguent à ne rien dire, à mentir... à dire des mots qui font peur alors que l’on a besoin de courage. Ils nous répriment, pire, nous cassent et tous les coups sont permis. Au lieu de me fatiguer, cela me met dans une colère !
Je m’écarte de leur chemin.
Je préfère les gens de peu qui gardent courage et coeur à l’ouvrage.

La Présence

Présence, quand tu es là, c’est différent. C’est un état d’être : je suis là.. et je prends ma place.

Présence à quoi ?

Avant ma naissance, j’étais déjà présente. J’étais attendue, désirée.
Je savais exprimer ma présence ...
je suis présente à moi, à l’autre ; je vis, je sens et ressens...

J’étais brune, jolie, attentive, curieuse. Je n’avais pas besoin d’être remarquée ; je l’étais.

En fait, j’anticipais et j’arrivais toujours au bon moment, au bon endroit. Participer aux petites corvéesm’amusait. J’aimais faire partie des travaux à réaliser en groupe comme certaines corvées si drôles à plusieurs.

Pour toi, c’est quoi être présente ?

C’est comme un élan de vie ; je ne peux pas me cacher ; je suis là,
présente à la présence. Je me tiens au dedans d’elle.
Je peux mener la danse, entraîner, donner le rythme.
C’est trop bien ; cela donne la niaque !
Présence dit son nom d’un trait : pré sen ce... avant le sens à découvrir. La présence s’impose d’elle même. C’est une prestance.

Tu comptes être toujours présente ?

Non, je sais que cela peut s’arrêter à chaque minute et c’est pourquoi, chaque minute est précieuse.

Vraiment ?

Oui bien sûr, chaque instant est inédit, alors autant le vivre , lui donner corps… L’incarner , le respirer.
Seul le présent compte vraiment , c’est le cadeau du moment ; l’important
est de s’ouvrir à l’imprévu, de s’en émerveiller. Si tu veux, est ce que tu veux apprendre avec moi ?

Christine

Le temps de la séparation

Je veille jusqu’à l’orée de la fatigue
La fatigue est interdite aux enfants
La fatigue est un précipice,
Un miroir de l’abandon.
Qu’y a-t-il derrière ?
Qu’y a-t-il dans cette petite mort ?
Dans ce cortège funèbre,
Qui me révolte, qui me met en colère

La mort de qui ?

La mort de l’enfant qui trépigne
Qui refuse de courir, dans les jardins,
Les forêts, sur les trottoirs.
Je me laissais tomber brusquement, soudainement.
Et quand inévitablement le soir venait et que la fatigue
Commençait à me gagner, je gesticulais, me débattais
Au fond du couloir, tout au fond de mon lit et enfin
Dans la nuit d’encre noire, la fatigue m’emmenait avec elle
Clouant mes yeux.

A mon réveil de ce sommeil trop profond,
Il fallait m’arracher de mes limbes et suivre ma mère affolée
L’entendre crier et fatigué d’avance de cette journée
Qui m’attendait.
M’aimerait-elle encore jusqu’à ce soir ?

Jean-Yves


Consigne 5

En souvenir du dernier atelier sur la Fatigue, mot clef que vous pouviez dévisser, changer, si tel était votre désir, trouver un autre mot, on va, aujourd’hui, poursuivre sur le dialogue.
En lignes directrices, nous avions les lignes de Peter Handke & celles de Christophe Tarkos, je vous invite, d’ailleurs à y retourner...
Écrire, c’est lire !
Peter Handke, prix Nobel de littérature 2019.
À lire absolument, Mon année dans la baie de Personne, livre qui se livre à tous les genres, livre dans les livres ; & surtout il fait une belle part à la poésie.

Aujourd’hui, nous allons travailler sous l’égide d’Erri de Luca, écrivain napolitain, d’extrême gauche & d’une humanité sans faille, quant à son écriture, elle est Juste...
Juste...
Sobre & poétique. & politique.
Sur le fil des cimes. & dans la crasse des caniveaux.
Pour lui, le dialogue est « une forme ancienne littéraire & philosophique. Le format dialogue reprend la philosophie. Ça permet d’être sur les deux côtés des barricades, avec le sentiment d’égalité, d’équanimité. C’est habiter les deux parties sans prendre position. »

Consigne :
1/ Un décor- La mer/ La montagne/ La toile blanche, Facebook, si vous voulez/ où vous voulez...

Simenon disait, « Pour travailler l’atmosphère, il faut travailler les situations... »

« Ma grande affaire, ce sont les rapports/ je veux avoir à faire à des choses et les choses sont des rapports entre elles et là, elles échappent à leur état d’objet » disait Cézanne.

Donc, le décor de votre choix en dix, vingt, trente lignes- À la troisième personne, à l’imparfait, une ambiance, avec l’avancée des personnages, deux si possible, ou bien trois mais plus ardu...
Attention, c’est le début de votre texte, soyez limpide, votre lecteur doit avoir envie de rentrer dans votre histoire. Après, libre à vous de le perdre, il vous suivra mais au début, pas d’entourloupes.

2/ Des personnages.
À quoi ils ressemblent ? Gestes ? Attitudes ? Tics ?
À vous de voir, pour nous donner à voir.

Vous pouvez employer des verbes déclaratifs : dire penser interroger critiquer reprocher, ETC...
Vous pouvez aussi interrompre le dialogue, d’une phrase ou deux, de narration, de description, par exemple, décrire l’état psychologique d’un personnage ou bien montrer brièvement la fenêtre qui s’ouvre en grand sous la poussée du vent...
Le décor peut prendre la parole mais toujours dans le vif ; surtout ne pas perdre le fil du dialogue...
Restez attentif au juste équilibre entre vous, vos autres & le paysage qui s’installe, prend forme...
Lâchez du lest aussi aux formes du dehors, je veux dire, au paysage qui vous considère comme fenêtre.
Ouvrez votre fenêtre !
Écoutez entre les mots.
Un texte, c’est comme l’existence, ça se contracte, ça se dilate- c’est un muscle qui assure la circulation des mots entre humains...
Un texte ne s’arrête jamais, il passe de mains en mains...

Alternez la syntaxe, phrases courtes, longues, présent, imparfait, futur, point virgule, de suspension...

Pourquoi pas, un peu de poésie dans votre texte, pour les plus audacieux...
En grec ancien, le verbe poiein, signifie « fabriquer, construire, faire ». De ce verbe dérive le nom poiêsis qui, lui, signifie « création, fabrication ».
Non pas dans le dialogue lui même mais dans vos descriptions, si cela vient...

Ex : « 
– Normal quoi ? me répond Mathieu en maugréant qu’il allait être trempé. Pas un temps pour être en bécane.
– La prostitution, dis-je.
– C’est un métier qui existe depuis la nuit des temps, me répond mon frère au bord du désespoir.

Pas de frigo, pas de placards ni de rideaux, le vide tout autour, de bas en haut de haut en bas, ses yeux cherchent où se poser.

– Le temps... On a perdu le temps, toi et moi, Mathieu. Le temps n’y fera rien. Qu’il passe, ce sera toujours pour plus nous éloigner.

Ses yeux se posent sur moi. Il m’écoute de tout son poids, presque trop, ça en devient suspect. Qu’est ce qu’il va me dire ? Comme si tout doucement, il ajustait son arme sur l’épaule. Il écoute mon silence maintenant, pas que moi, derrière moi, Centaure peut-être bien, mes failles, mes blessures, il écoute. »*

De mon côté, la poésie vient toujours, s’immisce, je ne la cherche pas, elle est là, je n’ai qu’à lui ouvrir mes lignes... Dans Centaure, un de mes romans, elle permet de dire l’innommable tout en le nommant... La poésie est le grand pont entre les choses, elle défait tous les murs... elle est saxifrage...

Prenez soin de vos mots aussi, on utilise entre 3 000 & 5 000 mots. Mais dans la vie de tous les jours, nous n’utilisons, que 500 mots, environ...
Ce mot là : Saxifrage- trouvez lui une place dans votre texte...
Plus le mot sera juste, plus il rendra justice à votre pensée, à ce que vous voulez écrire...

Pensez au rythme !
« Tout est rythme » Hölderlin
« Toute âme est un nœud rythmique » Mallarmé
Le rythme fait sens aussi, le rythme fait vie ! Un texte sans rythme est un texte mort...
Le rythme se trouve en lisant dans votre tête, à voix minuscule, tout en lisant ce que vous écrivez, entendez la pulsation de votre écriture & si vraiment, lisez à voix haute, tout doucement d’abord car c’est impressionnant d’entendre sa voix lire son propre texte, puis après, peut-être, vraiment, à voix haute...

3/ L’histoire... Qu’est-ce que vous voulez écrire ? Qu’est-ce qui vous tient à cœur, à corps, à l’âme ?
De quel seuil ? De quel décor, vous partez ?
Avec qui ?
& dans quelle langue ?
Pensez à varier la façon de parler, peut être l’un parlera argot, un type des cités, quand l’autre, sera une précieuse Bobo de la rue Saint-Martin...

QUI parle & d’où ?

Nous sommes au service de je ne sais quoi, dirait Jankélévitch.

& pourquoi Erri de Luca ?
Parce qu’il possède un Qui solide, envisageable, paysagable, paysapage... Lire une page de lui sans savoir que c’est lui, vous dira que c’est lui...
& plus que jamais en ce temps où le mensonge se ment à lui-même, nous avons besoin de vérité & que cet écrivain tente la vérité, tout le temps...
J’ai l’envie furieuse de le faire connaître à ceux avec Qui, j’écris...
& puis, en Médecine traditionnelle chinoise, le Qi, c’est l’énergie vitale... Ça me parle, ça me chuchote plus justement, quoi ? Je ne sais pas mais ça bruisse...

Erri de Luca vient de sortir un livre : Impossible, est le titre.
Je vous ai envoyé deux liens, à lire, à écouter & dans l’élan, je vous envoie aussi le lien vers une autre auteure engagée, Toni Morrison, elle aussi, grand style & engagement politique où la poésie a son mot à dire...

En ce temps de re/confinement, surtout ne pas oublier de penser ! & Toni Morrison, Erri de Luca sont des voies, des voix qui peuvent accompagner notre réflexion...

Méfiance : ne tombez pas dans le discours, pour cela, ne travaillez pas avec du langage. Travaillez la relation entre les choses. Sentez l’air entre les choses... Il se peut alors qu’une image monte & que le contact se fasse...
Il ne travailler à partir des mots mais de votre désir- de vos sensations- & dès lors, il s’agira de trouver le mot juste...

Notes :
https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-culture/erri-de-luca-la-litterature-en-quete-de-verite
https://www.actualitte.com/article/livres/impossible-erri-de-luca-au-sommet/102903
https://www.franceculture.fr/emissions/series/avoir-raison-avectoni-morrison

*Extrait de Centaure de valérY meYnadier, publié aux éditions du Chèvre-feuille Étoilée
*https://vacarme.org/article1894.html
Projection des Entretiens de l’île Saint-Pierre, film de Christine Baudillon et François Lagarde (Production Hors œil)
« Philippe Lacoue-Labarthe : j’essaie de reprendre les termes de la question […] Tu as relevé trois mots : phrase, diction, prose […] ; dans la phrase, précisément, dont tu t’inspires, il y a le mot “juste” — le qualificatif “juste” — et c’est ça qui m’intéresse dans le fait d’écrire. “Juste”, je l’entends, en effet, en deux sens. D’une part, en un sens musical : “juste” comme chanter juste, jouer juste, ne pas manquer une mesure, ne pas faire une fausse note, ne pas prendre dessous dessus. Non pas respecter forcément une partition […] mais trouver la bonne tonalité. Et puis, bien sûr, je l’entends au sens de la justice, c’est-à-dire rendre justice à ce dont on parle. Or, je ne veux pas faire de la justice un terme emphatique parce que la justesse est trop impliquée dans la justice. Au fond, le parler faux est si constant et patent, de la scène psychologique à la scène politique, ou à la scène religieuse, qu’essayer de trouver le juste ton de la partition, c’est extraordinaire. […] Ce n’est donc pas simplement le refus de tout pathos, c’est essayer de trouver l’écho de la “véridiction”, la diction juste, qui ne serait pas forcément dans la forme de l’adéquation mais qui serait plutôt dans la forme du bon accord, au sens musical. Il y a le discours qui se tient, et puis il y a les situations, les choses du monde, les autres, l’intuition qu’on a de ce qui, par définition, n’est pas. Et c’est par rapport à cela qu’il faut essayer de s’accorder, comme on accorde un instrument de musique avec un autre instrument de musique ou la voix avec un instrument.

Valéry Meynadier


La maison

La maison se présente comme le pivot, la clé de son désir de retour. L’aller remonte à plus de 40 ans. Alors, c’est plutôt un nouvel aller sans retour

Comment la maison peut elle passer de l’un à l’autre ?comment passe t-on la main ?
Nous sommes devant la maison.
C’est un gros cube en bois, un gros dé posé sur la terre.

– Entrez je vous prie
Vous pouvez visiter. Voici l’entrée, le salon , la cuisine
Vous pouvez me suivre à l’étage voir les chambres.
– C’est vraiment beau. Wouah !!!
Home sweet home est accroché au mur.
Pourquoi alors la quitter ?
– Je suis obligée de partir.

Elle se demande bien pourquoi ?
À cause des impayés, dune faute grave et inavouable qui l’oblige à partir ?

La propriétaire vêtue d’une jupe droite et d’un chemisier blanc a la rage, la colère, ses yeux s’embuent .

– J’ai tout fait dans ma maison. Au décès de mon mari, j’ai acheté le terrain et conçu le plan.
J’étais la maître d’œuvre.
Prise d empathie, elle ressent sa détresse
– Le monde actuel est sans pitié. Le sens de l’humain disparaît au profite de l’intérêt.

Elle sent qu’elle s’enfonce... Touchée. Coulée.
Ne pas se perdre dans l’émotion et le baratin pour la noyer.

– Écoutez , cette maison correspond à ce que je recherche mais j’ai besoin de revenir la visiter.
– Bien sûr comme vous voulez.

Nouvelle visite
Elle la regarde autrement, s’intéresse aux détails, à l’orientation pour savoir d’où vient la lumière.
Elle rêvait d’une cheminée, c’est un poêle qui donne à voir des flammes dansantes.
Elle rêvait d’un jardin, c’est une grande terrasse !
La propriétaire la sort de ses rêves.

– La maison est à 10mns de la mer ; on la voit d ici
10 mns de la gare ; on l’entend d’ici
10 mns de la boulangerie ; on la sent d ici
3 mns du marché du mardi
– Oui tout cela me va bien. Acceptez vous de revoir le prix
Non. Je ne peux pas baisser son prix.

Elle se rend compte que la question est ailleurs.
– Je vous appelle demain.

Elle espère en rêver, recevoir un signe..
En sortant elle voit une fleur saxifrage qui a su se frayer un passage dans le mur...
Elle est émue. Elle comprend que ce n’est ni la propriétaire ni elle qui décident. Même les murs s’écartent quand la fleur s’y glisse.

Ce n’est pas à nous de décider, juste accepter ce qui est, voir par où cela se dirige.

C’est ailleurs que cela se décide, dans l’histoire de chacune.

Au fait vous voulez savoir pourquoi elle part, elle est mutée dans le pas de Calais .

Christine


La visite

À petits pas, Loane 16 ans et sa grand-mère 92 ans allaient rendre « une visite » à Papi Jean. Dans cette humidité tiède, un petit vent doux caressait leur visage, il faisait un peu froid alors les écharpes se blottissaient auprès des cous. Les arbres dénudés murmuraient on ne sait quoi, à leur passage. Une couche de feuilles fraîches mêlant or et rubis jonchait le sol prête pour le compost. Dans les allées, le gravier crissait sous leurs pas. Dans cette après-midi moite, le petit cimetière de Verdemere offrait tout un paradoxe de couleurs vives et tendres. Le ciel était de cendres et les nuages légers. De temps en temps une fine pluie de lumière apparaissait, disparaissait aussi vite, comme si « le divin » surgissait des catacombes. Des parfums de terre mouillé mais aussi des parfums non oubliés, plus subtils : comme ceux des marrons que Papi Jean faisait éclater au feu de cheminée. Cela faisait de ce moment, un pur instant de bénédiction, de délectation, de ravissement...

Tout, en ce jour de Toussaint était en harmonie.

Ce n’est pas par hasard que Loane avait décidé d’accompagner mamie dans son « devoir » dominical. C’était la Toussaint, d’accord, mais pour elle, cela n’avait pas vraiment grand sens. Elle avait un secret qu’elle ne pouvait partager qu’avec une oreille attentionnée.

« Tu vois quand je viens rendre visite à Papi, je me sens en paix, en sécurité. C’est reposant ici. C’est tellement agréable. Pas un bruit, à part le croassement des corbeaux qui introduit le recueillement et le chant des enfants de chœur… bein les piafs ! tu suis ce que je dis quand même ?... Toutes ces célébrations élèvent mon âme au firmament de la voute céleste… Bein oui, quand j’suis là, moi j’crois… Je n’arrive pas trop à dire en quoi je crois, mais cela me donne envie de croire en quelque chose. Et les prières et sanglots retenus dans les divers enterrements… C’est une bulle de fraicheur, tout ça ! On se sent humain… Moi, j’ai besoin de catharisme et non pas de cataracte… » dit-elle avec un petit clin d’œil accompagné d’un rire coquin.

« Mamie, tu sais mon copain Kostia, et bien… ce n’est pas qu’un copain »

« Ça je l’avais bien deviné, il n’y a qu’à regarder comment vous vous mangez des yeux »

« Bein… Justement, on ne se mange plus, que par les yeux… »

Un silence s’est posé sur les lèvres. Les joues de Loane rosissent, son regard pervenche s’éclaircit et se fixe sur le chemin comme si tout était maintenant transparent. Le secret est maintenant dévoilé. Elle se sent mieux et en même temps plus mal qu’avant. Elle mordille ses lèvres, elle attend une réaction qui ne vient pas. Le silence devient plus lourd…

Le bruit des ailes d’un couple de tourterelles, quittant le nid vient rompre la trajectoire feutrée de l’ange.

« Il est bien ici, tu sais… Y’a de la verdure, c’est pas polluée comme en centre-ville. Il n’a vraiment pas à se plaindre… Et puis, il n’est pas loin de son copain, tu sais : Éric celui avec qui il jouait à la belote. »

« Tu crois que j’aurais dû attendre encore un peu ?... Je ne sais plus vraiment comment cela s’est passé, Je voudrais absolument m’en souvenir, mais je ne sais plus … On riait, Je regardais ses dents blanches, on jouait à se chamailler, je faisais un peu la coquette, il m’a pris par la taille et m’a fait danser, j’ai mis ma tête sur son épaule, je me sentais maladroite, j’avais une petite boule dans la gorge, il a remis une mèche de cheveux, qui s’était échappée de ma barrette, derrière mon oreille et puis je ne sais plus. Tout est allé si vite, trop vite. »

Elles se tiennent maintenant au pied de la demeure de papi Jean.

« Regarde, Je laisse quelques petites herbes folles, quelques saxifrages sortir sur les bords. Il aurait aimé ça… toute cette vie qui cherche à s’expulser ! … La nature reprend ses droits. T’as vu comme c’est beau cette petite mousse sur le crucifix ! … C’est de la résilience, c’est de l’amour qui a besoin de lumière ! c’est de l’espoir pour ceux qui reste ! … »

« Je ne sais pas pourquoi, je me sentais un peu honteuse, un peu mélancolique aussi. Il m’a dit qu’il me trouvait belle. Je lui ai demandé de se taire. On n’a plus rien dit que par les yeux. »
« C’est très fleuri, ici… Certaines tombes sont couvertes de fleurs et d’autres n’en ont pas. Alors moi, je rééquilibre, parce que ce n’est pas juste. Il en faut pour tout le monde. Grâce à moi, ils ont tous un petit quelque chose »

Loane espérait un acquiescement qui décidemment ne venait pas.

« Je me suis laissée glissée, mon corps s’est liquéfié. Le sien s’est redressé avec fierté. C’était doucement désagréable. Son torse nu sentait le savon de Marseille…Je sentais la vibration de ses muscles contre mes jambes… »

Loane s’est interrompue par pudeur. Elle sentait bien qu’elle ne pouvait quand même pas donner trop de détails à sa grand-mère, alors elle a continué à se raconter à elle-même tous les détails dont elle se souvenait…

Pendant ce temps, Mamie, s’est affairé auprès de la concession de Papi Jean. Elle a changé l’eau des fleurs, retirée quelques pétales fanés, lavé les ornements…

« Voilà, tu es beau maintenant, N’est-ce pas chérie qu’il est beau ? »

« Oui, il est rasé de près et il sent bon la lavande » répondit Loane en souriant.

« Tu vois Jean, c’est maintenant une grande fille, elle a un amoureux et ils ont commencé à faire des choses ensemble. J’ai essayé de la conseiller… du mieux que j’ai pu, mais bon… L’avis d’un homme sur cette première fois, c’est important aussi… Tu ne peux pas rester sans rien dire…

Tu as toujours été un papi formidable… Il faut l’aider… Toi seul peut trouver les mots… Comment ça s’est passé pour toi la première fois ?... Tu peux lui parler des responsabilités du garçon à son égard… Enfin, tu vois tout ce qu’il faut dire dans des circonstances pareilles…

Bon, je ne veux pas être trop intrusive entre vous… C’est du domaine de l’intime et je respecte. C’est entre vous, d’accord ? Je vous laisse, mais s’il te plaît Jean, ne sois pas trop cru. Loane est une jeune fille, alors il faut lui parler à demi-mots, avec un peu de poésie… Tu te rappelles de comment on est à cet âge-là… C’est un moment important pour une femme… Je sais bien que tu es un être sensible, alors je te fais confiance… A bientôt mon chéri …

La vieille dame, heureuse du devoir accompli, dépose un baiser sur le front de Loane et s’éloigne le plus discrètement possible. Puis, une gaîté soudaine l’a pris par le bras et dans ce cimetière si silencieux, on a entendu… un chant « Auprès de ma blonde, qu’il fait bon dormir ! … »

Julianna


Quel matin

– Quel matin ! Regarde… c’est vaste c’est beau c’est grand… ça respire. Et les montagnes, là, comme de tranquilles vagues sombres tout au fond,…
– Eh oui la neige a fondu
– … la rivière qu’on devine dans le creux, là, entre les lignes d’arbres tout drus encore tout nus… Et ce vert qui apparait par plaques… On s’attend à le voir se propager là, en direct, sous nos yeux, tout grignoter. Et bientôt jusqu’ici, jusqu’au bord de la terrasse, jusqu’aux pierres et y installer ses touffes, ses saxifrages…
– Eh oui je ne m’en lasse pas non plus. Qu’il pleuve, qu’il tonne. Ou fasse si chaud ici qu’on ne pense qu’à rentrer pour un peu de fraîcheur.
– La fraîcheur de ce petit vent, pour moi, c’est la meilleure… C’est ce que j’attendais quand je me laissais cramer sur cette terrasse, le chapeau sur les yeux à cause de la lumière trop forte. Et cette odeur de paille qui se dégageait avec le soleil...
– Eh oui t’étais bien la seule à l’aimer ce vieux chapeau. Déformé en plus chaque fois que tu le mouillais pour que l’odeur soit plus forte. Heureusement que tu étais la seule…
– Pour la fraîcheur aussi je le mouillais ! Ce que j’aimais ça… jusqu’à ce que me prenne l’envie d’aller à la rivière, la remonter, jambes nues… sentir sa fraîcheur, sa force… et le crépitement des vaguelettes autour des jambes et à côté, sur les cailloux… Tu te rappelles ces mini-barrages en galets qu’on fabriquait pour le plaisir de voir l’eau s’arrêter brusquement. Stagner. Nous, on disait qu’elle réfléchissait. Elle finissait par trouver un chemin, s’échappait en cascade, on disait qu’elle riait … Rien ne peut retenir l’eau.
– oui, tu me racontes ça et tu veux tourner la page… vendre la maison ?
– Ça me vient comme ça peut-être parce que je m’en éloigne.
– Oui et gaiement…
– Non. Ce sont de bons souvenirs qui me reviennent. Très bons. Je les aime ces souvenirs.
– Et c’est reparti : j’aime… j’aime ceci cela… j’aime ces souvenirs, j’aime l’eau les montagnes… Et la maison
– Si, aussi la maison.
– Comme cadre de tes souvenirs. Cadre de vacances. Ce n’est, ça n’a jamais été pour toi qu’un cadre de vacances, joli cadre, bon à bazarder. Mais pour t’en occuper…
– Pardon. J’ai participé. Comme tout le monde. Comme j’ai pu, mais j’ai participé.
– Comme j’ai pu ! En spectatrice. Amatrice… Ah oui ok pour tel travaux, ok pour les sous. Mais à peine su tu demandais pourquoi ces travaux…
– Si… enfin je crois… Tu expliquais, je faisais confiance !

– … ou comment on en était, pardon, comment j’en étais arrivée à penser qu’il fallait, qu’on devait faire ça ou ça
– Mais puisque que tu y étais plus souvent… ton boulot le permettait
– Bien sûr ! Mais pour la surveiller d’abord. Il faut bien ! C’est une vieille maison. Faut toujours faire attention à tout. Constamment. Surtout aux changements de saisons.
– Je sais je sais
– et pour te permettre à toi, et aux autres aussi, de débarquer comme ça, d’un jour à l’autre, de défaire ses bagages dans ce que chacun considère comme sa chambre, d’aller se servir de draps propres sans s’occuper de savoir qui les a lavés, rangés.
– Je t’en remercie… à chaque fois je t’en ai remercié
– Et ça suffit, ça doit, ça devrait me suffire
– Tu exagères : je l’ai fait moi aussi, quand j’étais là, pour les autres, quand ils débarquaient, repartaient. Laver les draps, les faire sécher au soleil.
– Oui quelques fois. Mais pour le reste…
– Tu en parles des draps : je te réponds là-dessus. Et pour le reste, comment faire puisque tu te charges de tout, tu es aux aguets constamment, et dès qu’on fait quelque chose tu interviens pour le faire à notre place, ou bien tu es sur nos talons en train de dire qu’il faut faire comme ci ou comme ça, ou que ce n’est pas le bon moment, qu’il y a autre chose à faire… Tiens même pour les draps, tu crois que je ne me suis pas aperçue que tu changeais leurs places sur l’étendage
– oui parce que…
– ou que tu mettais des pinces à linge quand je n’en avais pas mis, mais la fois d’après, que tu les enlevais quand je les avais mises pour essayer de faire comme tu voulais…
– Je me rappelle plus je devais en avoir besoin pour autre chose, …
– C’est ça, fais l’innocente : il n’y avait aucune raison de faire ça si ce n’était pas pour que je m’en aperçoive. Et pareil pour la vaisselle. Pour tout d’ailleurs : dès qu’on déplace des choses tu grognes, dès qu’on sort des chambres, qu’on s’installe sur le divan pour lire, regarder la télé, ou les enfants sur une table pour dessiner, tu dis ou tu nous fait comprendre qu’on est toujours dans tes pattes - notre cuisine n’est pas à ton goût - on ne peut rien faire, rien bouger ici
– Parce que vous vous en foutez. Tu vois bien que tu t’en fous puisque tu veux vendre.
– Ça n’a rien à voir…
– Les choses sont à remettre en place. Tu n’aurais rien changé si maman était encore là.
– Ça n’a rien à voir… il faudrait que j’accepte de toi ce que j’accepterais de maman
– oui je fais comme elle.
– Ça n’a rien à voir encore une fois. C’était ma mère, la tienne. Tu es ma sœur pas ma mère. Il n’y a pas de rapport d’autorité entre nous. Et puis elle vivait ici. Toi tu y viens, souvent, mais que pendant tes vacances, des week end. En plus les époques ont changé, les façons de vivre… Tu as un téléphone portable…
– le moyen de faire autrement…
– Ta grand-mère ne sortait jamais sans son foulard sur la tête. Tu te vois avec un foulard sur la tête ? Qui en met des foulards sur la tête à notre époque ? Et puis elle a fait 8 enfants, maman 4. Pourquoi tu n’en as pas toi ?
– tu n’as pas le droit…
– Oui, excuse moi.
Silence
– Ecoute. Après la mort de maman, on a tous décidé de vendre la maison. Y compris toi. Tu as le droit de changer d’avis mais là tu te conduis comme la gardienne d’un temple… Je ne pense pas que ce soit bon pour toi.
– Qu’est ce que tu en sais ! De quoi je me mêle !
– Tu ne te rends même pas compte que tu nous exclus, que tu es la seule…
– parce que je suis la seule
– Je ne vais pas reprendre la discussion… Tout ce que je peux te dire c’est que j’étais venue ici pour t’aider, commencer à trier un peu, voir ce qu’il y a à faire avant de mettre en vente.
– Tu veux prendre des choses ?
– Ecoute : je vais aller faire un tour… à la rivière sûrement … Si tu ne veux plus vendre, toi, tu as le droit. Faut voir avec les autres, s’arranger pour le prix puisque nous on veut vendre. Je ne sais pas. Te faire crédit... Et avec un notaire sûrement. En attendant, je pense que je vais rester jusqu’à demain juste pour évacuer des choses à jeter. À la cave… des saletés entassées, vieux matelas, bouts de bois pourris, les chaises longues cassées, outils rouillés, et autres. Ça, ça me dégoûte trop, je ne peux pas laisser. Si tu veux m’aider…

– Tu peux m’en empêcher si tu veux. Je partirai tout de suite alors. Sinon je partirai après-demain.

– Si tu veux garder la maison pour toi, je ne reviendrai plus. Je ne sais pas pour les autres mais je pense que non… Tu nous dis ?

Catherine


Sans titre

Dans la salle d’attente de la salle de réunion, il ne poussait pas de saxifrage, que de la bonne herbe. Les utilisateurs de HighMeeting se retrouvaient pour fumer en visioconférences avec des inconnus. Pour se connecter à la plateforme, ils devaient au préalable souffler dans un tube en acier couplé à la solution en ligne. Ils devaient avoir fumé du haschisch ou de l’herbe et afficher un taux de concentration du THC dans le sang supérieur à 4 nanogrammes par millilitre. La cigarette et autres mélanges de drogue n’étaient pas permis.

La promesse de ce service lancé en 2033 était simple : faire se connecter les défoncés entre eux, qu’ils puissent partager des délires sémantiques sans aucune contrainte. Chacun devant son ordinateur pouvait se laisser aller à des logorrhées rythmiques et autres citations de discours complotistes. Mais la plupart du temps, les gens conversaient calmement, se contentaient de bons mots et parfois des couples se rencontraient dans la vie réelle. Des outils de modération puissants, fondés sur la reconnaissance visuelle, ne toléraient aucun geste déplacé.

Identité de la salle de réunion : 798 4813 3445.

Code secret : T36ytC.

Suzanne_1987 restait dans la salle d’attente. Elle tapait des erreurs dans le code secret.

Beau-Thi attendait l’entrée de son crush dans la salle de réunion. La plateforme diffusait un message publicitaire en boucle, des réductions sur le forfait premium en rouge.

Il essayait le meilleur arrière-plan virtuel. Pour se distraire, il testait aussi les filtres facétieux proposés par HighMeeting : dreadlocks de Bob Marley, casquette à l’envers, cheveux en pétards…

Beau_Thi, casque sur les oreilles, entendait un fond de pluie qui tombait.

Suzanne_1987 rejoignait la réunion par micro.

Elle observait son crush changer d’arrière-plan : nuages de fumée, papier-peint fleurs de chanvre, ciel constellé d’étoiles filantes. Elle connectait sa webcam :
– Tu dois être un hacker toi, tu as volé toutes les étoiles pour les mettre dans mes yeux
– Moi sans toi, c’est comme une galaxie sans astre
– Tu y crois toi, au Big Bang ?
– De manière générale, je crois plutôt au big bande… La big bandaison, t’as capté ?
– Ok, moi je pensais plutôt au Big Love. Reste dans ton trou noir, salut !

Suzanne_1987 revenait en salle d’attente. Elle devait à nouveau expirer de la fumée de cannabis dans le tube en acier pour pouvoir revenir dans l’espace présentant les utilisateurs connectés. Après avoir rallumé son joint, elle chercha pour la troisième fois de la soirée un profil répondant à ses critères dans le catalogue des profils. Elle cliquait sur la plupart des miniatures. Elle ne voulait entrer en contact avec aucun. Au fond, elle n’aimait pas les fumeurs de joints.

Xavier


Consigne 6

« Voir un paysage tel qu’il est quand je n’y suis pas »

À partir de cette phrase-paysage de Simone Weil dans la Pesanteur & la Grâce*, livre paru la première fois en 1947, quatre ans après la mort de son auteure, j’ai élaboré ce qui suit :

On se demande souvent qui suis-je ?
Je vais où ?
& pourquoi ne pas se demander : que se passe-t-il là où je suis ?
En dehors de moi
Que se passe-t-il que j’y sois ou pas ?

L’identité n’existe pas. Tout coule, rien ne demeure, disait Héraclite. L’existence, le chêne, la prairie, le lapin... mais on possède tous l’existence en commun.

& si on inversait ?
L’espace-temps devient le sujet & nous l’espace-temps
C’est l’espace-temps en vous qui prend la première place...
L’esplace/

1/
Écrire avec TU/ commencer vos phrases avec ce tu de support/ tuteur de l’espace-temps

Le centre dans la photo, c’est celui qui prend la photo.
Mais personne ne voir qui prend la photo

Aujourd’hui, il va s’agir de sentir que tout existe au même niveau, ce qui ne veut pas dire que tout est raplaplat.
Il existe des « erreurs d’optique de langage », disait Wittgenstein
« Tout, à tout moment peut devenir la chose la plus importante du monde »
Tout dépend du point de vue, de l’axe dans lequel on se trouve.
Souvent on dit : j’ai le temps
Là, on va se dire : j’ai de l’espace

Il va s’agir de trouver une possibilité de vivre son corps dans l’espace
Avoir un corps distribué
Nouer des espaces dans le temps, via la feuille blanche, via la sémantique, la grammaire

Le clavier du piano est d’abord un espace avant d’être un discours
Nous sommes un corps neutre avant toutes choses

2/
Le pronom principal, c’est TU, pas JE.

Il y a un narrateur, bien sûr, un tuteur, un Tu
Un Tu réfléchissant, un Tu miroir dans lequel l’espace-temps se voit-
C’est un tu immobile qui commence chaque phrase-
Il s’interpelle et s’inscrit dans son propre texte

3/
Pas de liaison entre les paragraphes-
D’ailleurs, vous allez plier la feuille à chaque fin de paragraphe et vous reprendrez avec TU-
Vous vous concentrez sur des lieux du quotidien
Ascenseur... Feu rouge...

Décrivez des vues immobiles du dedans vers le dehors, ressentez ce que vous ressentez quand vous voyez ce que vous voyez mais aussi ressentez ce que le paysage peut ressentir quand il vous voit, vous sent
& pourquoi pas un animal-
Voir Anima de Wajdi Mouawad

Réfléchir d’abord à là- où vous êtes immobiles même un instant / Il faut avoir un cadre : une fenêtre, une visière de casque, la ligne d’un arrêt de bus, la porte de sortie d’un magasin & un peu de ciel, pourquoi pas ?
Le temps, la saison

La difficulté, c’est que la répétition peut faire que ses lieux, vous ne les voyez plus, que vous les ressentiez comme vôtres sans plus les voir, là, aujourd’hui, on dépoussière- Agnès, par exemple, la salle de classe, elle connaît par cœur/
Moi, mon chien, je ne la vois plus, elle est toujours là
Comment elle me voit, elle ? Suis-je un bout de paysage pour elle ?

4/
Aucun repère biographique- Vous n’existez que par le lieu existant-
Donc, vous êtes dans un cadre : qu’est-ce que voyez à gauche, à droite, devant ?

Que chaque phrase corresponde à une strate du plan de votre vision

Ce qui veut dire une écriture sobre appliquée à la description mais pas seulement-
Les lieux conserve notre biographie-
À chaque lieu s’attache un souvenir mais là, c’est le lieu qui parle, plus que vous, de vous

Le lieu est au premier plan, vous êtes l’ombre du lieu
& vous verrez que le lieu mène à vous

Il s’agit de restructurer le banal comme on réorganise ses souvenirs dans la mémoire.
Il s’agit de voir au présent, sans vous, des lieux aimés que vous ne voyez plus à force de les voir mais s’apercevoir qu’eux vous voient...

Agnès, par ex, peut être calculée par un bambin : « tu la vois, elle te regarde, n’aime pas ta montre… »
Ça peut être un présent urbain, de campagne, à l’intérieur d’une chambre…

La marche de la grande prose c’est de lier de façon continue ce qui ne l’est pas-

Vous êtes le contraire des Otakus, Hikikomori, forme aggravée des Otakus... Au Japon, on estime à un demi-million le nombre de personnes qui ne sortent plus de chez eux. Beaucoup de jeunes n’ont plus de rapports avec le monde extérieur- ils sont déscolarisés- vivent dans des chambres fermées-ils ont des codes tribaux entre eux comme les hippies-ils sont armés & agressent les parents si les parents veulent arrêter leur connections virtuelles.
Votre écriture rentre en guerre contre ce genre de devenir Emprisonnement…

Pour cela, il s’agit d’être attentif à l’attention, aux choses autour de vous/ à vos paysages extérieurs…

L’attention est une pratique énergétique qui peut être détournée par le psycho pouvoir.

Il y a les choses, les évènements & nous...

Pour exemple, Apollinaire :
Guillaume Apollinaire (pseudonyme de Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky) né à Rome en 1880. Mort à Paname le 9 novembre 1918. Fils d’une Polonaise fantasque & d’un Italien que la légende a voulu prélat romain, évêque de Monaco ou gentilhomme & officier de l’armée italienne, Français lui-même de langage, de culture et d’élection/ Etudes à Monaco, Nice ETC...
Dans Zone, le début d’Alcools, Apollinaire utilise un dispositif très proche de ce que je vous demande, il parle des villes où il est passé- de la fuite d’un hôtel avec son petit frère... pour finir sur sa trépanation.

« Maintenant, tu es au bord de la Méditerranée
Sous les citronniers qui sont en fleurs toute l’année...

Tu es dans le jardin d’une auberge aux environs de Prague
Tu te sens tout heureux une rose est sur la table...

Te voici à Coblence à l’hôtel du Géant...

Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est laide...

Tu es debout devant le zinc d’un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux... »

Il adopte là un principe d’éclatements de points de vue immobiles

À vous de voir, de vous voir à travers les lieux qui vous reconnaissent

Pour la petite histoire, non mobilisable, Apollinaire s’engagea volontairement. Une plume dans une main, un fusil dans l’autre. S’il s’engage, c’est parce qu’une femme, Lou*, lui refuse son amour... Il se bat d’abord comme artilleur, puis, sur sa demande, dans l’infanterie. Blessé gravement à la tête en mars 1916, il est affecté à divers services à Paris où, affaibli par les opérations multiples & par les suites de sa blessure, il meurt emporté par l’épidémie de grippe de l’automne 1918.

À l’époque, la grippe pouvait être mortelle, surtout si on était fragile... Mais aujourd’hui, il y a moult médicaments pour contrer la grippe !

À ce propos, je vous invite tous, à aller voir le film de Guy Lefranc sorti en 1951 : KNOCK- joué par l’incontournable Louis Jouvet...
Un régal de vérité en ces temps de contreverses : https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=593.html
C’est l’histoire d’un médecin voyou qui ne pense qu’au lucre, sa devise : « Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore. »

À bon entendeur !

*https://www.franceinter.fr/culture/philo-la-pesanteur-et-la-grace-de-simone-weil
* http://palimpsestes.fr/textes_philo/weil/pesanteur_et_grace.pdf
*https://www.lexpress.fr/culture/livre/francois-busnel-a-lu-anima-de-wajdi-mouawad_1180923.html
* https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/hikikomori-et-retrait-social-une-nouvelle-definition_140420
* https://www.vivrelejapon.com/a-savoir/comprendre-le-japon/otaku

*culturezvous.com/lhistoire-des-lettres-a-lou-de-guillaume-apollinaire/

& pour finir, je ne résiste pas à vous proposer ce texte de Jacques Derrida, à vous de faire le lien avec la consigne car lien, il y a :
« Depuis le temps, donc.
Depuis le temps, peut-on dire que l’animal nous regarde ? Quel animal ? L’autre.
Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis – et qui je suis au moment où, surpris nu, en silence, par le regard d’un animal, par exemple les yeux d’un chat, j’ai du mal, oui, du mal à surmonter une gêne.
Pourquoi ce mal ? »

http://bibliodroitsanimaux.free.fr/derridachat.html

& pour finir :
RIEN N’AURA EU LIEU
QUE LE LIEU
EXCEPTÉ
PEUT-ÊTRE
UNE CONSTELLATION
Mallarmé

Valéry Meynadier

Sans titre

Clôt, seul et accompagné dans un décor à dominante de gris (grise , pour éviter deux fois le DE) et quelques taches de rouge selon les saisons

Entouré de murs, de pierre, de bouleau, de glaise et quelques graviers ensablés, tu regardes le vallon

Cintré dans ton costume tu as retourné ta dernière veste de l’autre côté du regard (très beau)

Tout est en ordre et respecté
Tu es à gauche, la mère au centre, le frère à droite... le père plus profond.
Vous êtes au complet.
Pas besoin d’Amen on entend à peine.

Le goudron de la départementale, les moteurs vrombissants et leurs pots d’échappement vous coupent toi et ta tribu de ce coin perdu confiné dans les bras morts de la Seine

Les champs à perte de vue,
quintaux de blé d’été et betteraves d’hiver,
tu rigoles en pressant tes pièces dans la poche

Toi aussi tu les revois alignés
Les drapeaux près du monument
Les deux sapins entretemps coupés
Et le père Jarre ânonner Morts pour la France de sa voix étouffée
Il est bossu

Tu les vois distinctement
Tu es avec moi à l’instant
J’ai dix ans

Du jardin des allongés tu domines le vallon
Je ne t’ai pas raté
Tu étais beau, le visage lisse, calme
Dans cette pièce sombre, les mains jointes.

Tu es logé à perpétuité
Au calme dans ce décor de plaines que seul mon souvenir ravive
D’y avoir trop roulé, je ne le foule plus

Fou pressé au repos
Tu portes le costume passé
La dyslexie enfantine révèle des trésors
Et déjoue les lois de l’interprétation

Ce n’est pas un paysage
Mais ton corps reposé
Le tu est mon père, (vous l’aurez entendu) (il me semble que le monologue intérieur perd en intensité si tu t’adresses au lecteur)

Le paysage est ce village
Celui d’une enfance embrouillée en France (fais gaffe à ce jeu d’assonance)
Baignée de replis de souffrances (fais gaffe au De)
Ton village

Le clocher, la voie ferrée, toits, cheminées et peupliers
À gauche ta maison, au centre celle de la mère, à droite la baraque du frère
Géographie familiale respectée telle qu’à l’ombre du caveau

Vision de Bardamu tout se termine de la même façon (Céline ?) (Vision très floue, ton lecteur est éjectée là)
Tu l’avais bien lu... ou seul le personnage te plaisait

Tu portes une chemise impeccable, des boutons de manchette, un tablier maçon et des médailles
Le monde est une vaste blague
Que tu restes moqueur même dans l’éternité

À quelle fouille ce sera, je ne sais pas
Si hypothétiquement quelques archéologues spécialistes du 20ème siècle te trouvaient là en haut du vallon
Il se murmurera d’une oreillette à l’autre que tu étais un grand quelqu’un ( très beau : grand quelqu’un)

Type né après guerre
Homme de taille moyenne
Français bien tapé de l’ère bourbon post gaullienne
Mâchoire serrée
Profil ardennais mâtiné savoyard bougnat
Quelques doutes sur les gants blancs, le bâton funéraire malgache et l’ordre du Lion

Tout est parfait
Tu n’y seras pas... moi non plus
Enfin... moins que toi

L’ironie de l’histoire ne s’arrête pas là
User de mots et d’un air rigolard ne suffit pas à contrer les réminiscences de ta violence
Le palpitant arrêté qui t’a calmé
Sous intraveineuse anisée nous a pourtant bien bousillé (un chouïa plus claire peut être cette imprécision/ Bonne ellipse mais, dans la résonnance, y manque queque chose- à mon humble avis)

Du duo atypique d’un paysan français et d’une fille de survivants des tragédies nazies est né un trio d’éclopés à jamais fâchés
Tu n’as rien arrangé pour nous apaiser

Dans un champ contre champ panoramique
Tu loges exactement au point de fuite de quelques échappées adolescentes

Depuis la fenêtre les yeux fixaient l’horizon
Ces murets de feux follets interceptait les rêves
À la traversée des routes, un stop
Les mêmes champs, boueux ou ondoyants selon les saisons m’ont appris à regarder loin
Là où ton regard s’est arrêté

Tu es de l’autre côté du muret, les yeux clos, le clairon du Vieux à tes pieds, un chasse mouche Aka dans les mains croisées
Ni remords ni regrets
Requiescant in pace
Ris tête retournée... de la découverte de la sépulture d’un chef de village français

Caroline

Un carrefour

Tu bordes la rue. Ta rue. Te dresses fièrement. Bloc, blanc, haut, large, épais sûrement à voir la longueur du passage dégagé en rez-de-chaussée, sous ton premier étage, et qui conduit aux boxes dans ta cour arrière, en contrebas.

Tu fais bloc. Tu bloques l’autre rue qui déboule face à toi et tu imposes un choix : gauche ou droite ? Embouteillages ou embouteillages ? Ta rue, qui n’est pas rectiligne, n’offre aucune perspective. Ils n’ont qu’à savoir !

Tu regardes. Tu surveilles. Particulièrement cette rue en face. Quantité de fenêtres sur ta façade sont autant de postes (d’observation). Bien alignées. Bien rangées. Bien modélisées. Celles carrées, de la hauteur d’un demi étage : cuisine ou salle de bain. Celles plus étroites : WC. Celles de double largeur, chambres. Enfin celles de toute hauteur et de grande largeur, baies de salon garnies d’une rambarde jusqu’à mi-hauteur. Ta symétrie est parfaite, logique, totalement respectée : grandes baies à chaque extrémité, et, se rapprochant de ton centre, la ligne de tes chambres, celles de tes cuisines et salles de bain, avec pour seule variante d’un étage sur deux, l’apparition de celles étroites des WC.
6 étages face à la rue d’en face. 7 étages au dessus de ta cour arrière en contrebas. Hauteur supplémentaire pour mieux surveiller les « chères » voitures dans leurs boxes. Et un toit terrasse tout en haut qui t’ouvre sur de larges perspectives.

Bloc blanc tu te distingues du gris sombre des trottoirs et chaussées. Te distingues aussi de toutes les constructions environnantes. De tes voisines proches d’abord. L’une à gauche, en brique rouge ardent, de deux étages, au double toit de tuiles, très pentu, aux fenêtres petites et anarchiquement distribuées, entourées de rebords de ciment gris-beige arrondis, aux angles eux aussi arrondis. Et à ta droite, comme écrasée par ton grand bloc blanc, une autre maison, étroite, d’un seul étage, au toit d’ardoises noires, recouverte d’un vieil enduit entre beige et rose. Deux petites fenêtres à l’étage, une seule fenêtre à côté de la porte du rez-de-chaussée. Tu la coinces avec une autre construction à sa droite, plus récente, aux lignes stylées, assez étroite mais sur deux confortables étages et dont les balcons surplombent la petite maison. A côté de ta voisine de gauche, celle en brique rouge, une autre maison modeste elle aussi, d’un simple étage, à l’enduit gris, mais prenant sa place le long de la rue avec sur le côté une trouée qui mène à un jardin dont surgit un grand arbre qui coiffe la maison et dont les feuilles légères s’agitent au moindre vent.
De l’autre côté de Ta rue, aux deux coins, te font face deux immeubles anciens de 6 étages aussi mais étroits, en briques sombres et pierres meulières. Et partout dans cette rue que des petites maisons disparates, vieillottes, de 1 ou 2 étages avec juste, un immeuble de 4 étages.

Toutes ces maisons s’ouvrent directement sur le trottoir. Toi seul, tu t’agrémentes d’une bande de « jardin » à peine de la largeur d’un homme et bordé d’un grillage. Suit une double grille qui le soir, ferme l’accès à ta cour dès 20h, et plus souvent, plus longtemps les week- ends ou pendant les vacances. Le seul accès est alors la petite porte grillagée qui s’inscrit à droite dans ta double grille.

Tu te distingues. Es-tu seulement distingué, comme tu te le joues ? Tes pierres de tailles sont fausses. Juste un enduit sur lequel on a appliqué de faux joints. Tu diffères c’est tout. Marques ta différence. Et une frontière. Entre deux villes d’abord, la tienne et l’autre. Même entre deux départements, le tien et l’autre. Bloc blanc qui surveilles l’étroite rue sombre d’où peuvent dévaler tu ne sais qui ou quoi des hauts de l’autre ville. Tu les guettes, les bloques. Présente ton imposante façade froide lisse et blanche, vision modèle du style de vie auquel ils vont accéder. Et devront respecter.

Catherine

La cuisine

C’est une grande cuisine qui fait aussi office de salle à manger et de salon. Suspendue dans le vide, elle essaye de faire bonne figure. Emprunte de souvenirs, elle a gardé la couleur poétique de l’époque. Quelques assiettes en porcelaine sont accrochées au mur. Au-dessus de l’évier, tu avais choisi des petits carreaux de faïence en accord avec elles.

Des journaux ouverts sur l’accoudoir du fauteuil…une paire de chaussette à repriser… Le torchon à carreaux usagé… Tout ce décor de vie quotidienne semble avoir été mis en scène, semble surfait.

Les tomettes ont gardé la sonorité des pas lourds fatigués, ceux des inconscients et puis… Le bruit des bottes.

Tu as fait pour la énième fois l’inventaire des placards, des tiroirs, comme si tu t’apprêtais à louer un meublé : Huit assiettes plates en bon état mais quatre ébréchées, sept couteaux dont trois à réaffuter… La vie est maintenant en ordre. Chaque chose est à sa place. Cela fait maintenant plus de trente ans que chaque chose est à sa place.

Le silence concentré de l’éclairage frappe certains éléments du décor :

Sur la longue table de bois, toujours ouvertes pour les amis de toujours où les amis d’un soir, la soupière et trois assiettes : celle de Pierre, celle de René : le fils de son premier mariage et la sienne, un cendrier avec un dernier mégot de « Gitane maïs » et un « robot-mixeur à peine déballé : C’était le cadeau que lui avait fait son mari, ce jour-là, pour leur premier anniversaire. Un robot-mixeur, le même que celui de « la Samaritaine », premier prix du salon de la femme moderne. Au pied de la table, un filet à commissions avec un paquet de coquillettes, un autre de café et un litre de vin de table.

En fermant les yeux tu humes la cocotte sur le feu. Des rires, des soupirs, des confidences et puis l’horreur……..

Autour du temps qui s’étire, Six chaises empaillés sont toujours posées……

Au fond de la cuisine, un petit cagibi où tu accrochais les jambons et saucisses que tu revendais au marché noir et tout un fouillis de bocaux : confitures, conserves de légumes… Sur une des étagères, un petit cahier de comptes où tu notais scrupuleusement les recettes issues de ce petit bizness, les plus infimes dépenses du ménage ainsi que les prévisions pour les deux mois à venir.

Le combiné du téléphone, depuis cet instant, pend toujours au bout du fil. Tu n’as pas eu le temps de transmettre le message, ils étaient déjà là.

Cette immobilité te donne le vertige. D’un coup de cils, tu aimerais envoyer tout valdinguer mais quelque chose te retient. Tu te sens coupable d’être un corps extérieur à cette cuisine. Tu aurais voulu être ce broc d’eau ou ce gros réveil, posé sur la commode, arrêté à midi trente-deux.

Tu as emménagé en juillet 44 dans un petit appartement que tu loues au second étage, juste en face de la maison. Ta maison.

Parce que le temps est infranchissable entre le une minute de plus et le une minute de moins : Midi trente-deux.

Chaque jour à cette heure, tu t’accapares de tes activités dans une psychose maniaco dépressive : dépoussiérage, balayage, encaustique sur les meubles…Tu cherches les angles morts, à l’affût de la moindre imperfection. Et puis, les poussières faites, tu restes là désœuvrée, transparente, dématérialisée, ni tout à fait là, ni tout à fait ailleurs. Les yeux dans le vague… Tout est fait dans le même ordre préétablit. Un ordre qui s’est imposé, le scénario étant toujours à recommencer.

Tu viens ici, pour combler le temps devenu vide. Dans ta faille intime, c’est ta surface de réparation. Tu t’en veux d’avoir survécu à ça. La beauté de ton ventre rond t’a épargné. Le jeune « Aryen » savait qu’un seul regard de toi le fusillerait sur place. La peur au ventre, il s’est rabattu sur les hommes de la maison. Il a fait ça vite fait bien fait, par lâcheté pour être le moins exposé possible.

Tu cherches toujours la pièce du puzzle qu’il te manque « Pour quelles raisons avaient-ils emmenés Pierre ? Pour quelles raisons son fils avaient-ils tenté de s’échapper ? Pourtant la réponse tu l’as connais mais tu ne réussis pas à t’en convaincre.

C’est à travers le prisme de cette cuisine que tu fais ton travail de deuil. Aujourd’hui, en refermant la porte, tu t’es rendit compte qu’une larme avait coulé sur ta joue, une larme que tu n’as pas senti venir, ni glisser, une larme au goût salé, une larme que tu n’espérais plus. C’était peut-être la dernière fois que tu éteignais la lumière

Julianna

Plage d’écriture

De loin, tu nous appelles et nous attires par un rondement.
Dans un rythme inlassable d aller retour, imperceptiblement, tu avances en lien avec la lune et l’univers de ce jour.
Tu te cognes sur les rochers noirs et ciselés, tu te tracasses et te projettes. Tu brasses tes entrailles, puis tu t’étales tranquillement sur le sable en bavant d’écume.
La plage est ton écriture avec des traces, des stries, des rayures dans le sable.
Tu organises l’espace en alternance avec des bans d’algues, puis de sable, puis des cailloux, des petits cailloux et coquillages.
Tu es toujours en mouvement et change de couleurs sous le ciel doux, moutonné coloré d’orange et turquoise d’aujourd’hui.
Les mouettes sont posées sur le sable, face à toi.
Tu mouilles le sable délicatement et scintille de place en place.
Quand tu t’échoues sur le rivage, les vagues se rejoignent pour arriver ensemble au bout de la course.

Christine

Tu n’existes pas

Tu ne dors jamais, tu ne veilles jamais non plus, tu n’existes pas. Tu es seul, tu es noir, rectangulaire et haut, de la lumière scintille quand clignent tes opercules, le silence est ton placenta et le son ta mise au monde.

Tu trembles dans la coulée sonore qui accompagne la chute, le grommellement sourd, puis le sifflement qui se hérisse par à-coups de piaulements aigus ou de sonneries de cloche, tu jouis de la percussion finale, quand le son éclate et s’épanouit dans ta base comme une fleur qui s’ouvre.

Tu n’as pas de mémoire, mais si tu en avais, tu te souviendrais combien tu étais apparu comme un progrès, une preuve de l’ingéniosité humaine, so practical.

Tu reverrais la figure concentrée de la ménagère du neuvième étage se débarrassant hâtivement des déchets de sa maisonnée, tu reverrais le visage inquiet de l’enfant plongeant son regard, par-dessus le panier verseur, dans l’obscurité courant jusqu’au pied de l’immeuble, dans le dévaloir* aux relents acides et doucereux.

Tu ne dors jamais, tu ne veilles jamais non plus, tu n’existes pas. Tu n’as pas pu voir l’enfant détaler après qu’il a refermé avec soulagement ton opercule, éteignant avec la lumière fugace, pour toi la possibilité du monde et, pour lui, l’existence des peurs obscures.

*dévaloir
En Suisse, couloir dans les forêts de montagne servant à faire descendre les billes de bois.
En Suisse, vide-ordures, dans un immeuble.

Michel

Tu

Tu es une rue dont beaucoup se sont éloignés
Enfin certains traînent encore, mais ce sont des ombres déguisées
Il subsiste toujours celle-ci qui est suivie par un cortège de cartables
Celle-là même qui s’imagine à la montagne mais pour qui c’est impossible, qui suit soigneusement les règles, qui consomme trop de neuroleptiques
Qui ne sait plus qui elle est ou qui est persuadée d’être une prophétesse

Tu es une rue où personne ne vit plus
Où un tel est amorphe, lui qui avait la manie de s’animer
Grâce aux enseignes lumineuses ou aux affiches sophistiquées
Qui a aujourd’hui le visage éteint, malgré un mégot rougeoyant au coin des lèvres
Un soir il s’est couché et toutes les sirènes ont crié
Que la maladie a touché cet homme déjà décédé

Tu es une rue de travaux différés
De rencontres empêchées, du peu de résistance
De buissons qui débordent
De cachoteries prohibées
D’entrevue sans issue

Tu es une rue où tous vont de travers
Parce qu’il fait froid, parce que les trottoirs sont désormais trop larges
Car peu sont revenus, vu que rien ne les attendait ici
Ils se disent qu’ils ne peuvent pas être moins malheureux
De survivre à présent
Ils connaissaient tout de tout et voilà qu’ils ont tout perdus

Tu es une rue dont beaucoup s’en sont éloignés
Enfin certains traînent encore mais ce sont des ombres travesties
Et tu es bien mal maquillée, tu ne souris plus
Sur ton macadam, tu ne t’empares que des masqués sans âme
Aucun visage ne se démarque, bien les regards soient beaux
Et toutes les démarches sont carambolées

Tu es une rue abandonnée qui ne sait plus capter un rayon de soleil
Qui a oublié l’été
Qui ne sait plus changer d’heure
Qui n’enregistre plus les heures dans ses pavés

Xavier


Consigne 7

Aujourd’hui, on va travailler avec une pièce de René Char. Pièce en dix tableaux, qui a pour personnage une rivière, symbolisée par Claire, « fille de la nuée & du glacier ». Cette rivière, c’est la Poésie :

« L’aube, chaque jour, nous éveille avec une question insignifiante qui sonne parfois comme une boutade lugubre. Ainsi ce matin : "Trouveras-tu aujourd’hui quelqu’un à qui parler, aux côtés de qui te rafraîchir ?" Le monde contemporain nous a déjà retiré le dialogue, les jeux et le bonheur ; il s’apprête à descendre au centre même de notre vie pour éteindre le dernier foyer, celui de la Rencontre. Ici il va falloir s’opposer ou mourir, se faire casser la tête ou garder sa fierté. Nous jouons contre l’hostilité contemporaine la carte de Claire. Et si nous la perdons, nous jouerons encore la carte de Claire. Nos atouts sont perpétuels, comme l’orage et comme le baiser, comme les fontaines et les blessures qu’on y lave. » (René Char.)

Nous sommes dans une société de contrôle qui vise à contrôler nos existences, nos pensées.
Nous sommes à un moment de l’histoire où tout vise à capturer-capter- notre attention-internet, téléphone portable, séries en diable, même les infos se présentent en série, regardez le procès de Jonathann Daval ! Sur BFMTV, c’est inscrit noir sur blanc : série 1, 2, 3
Le psycho-pouvoir utilise toute la technologie possible pour mettre à mal notre capacité de penser.
Regardez les Hikikomoris*, adolescents & adultes, à la pointe des nouvelles technologies, surfeurs invétérés, ivres de gadgets high-tech.
On en a parlé au précédent atelier.
Perdre son intérêt pour le monde extérieur, c’est perdre le sens du réel, c’est devenir violent car c’est se perdre soi-même & cogner, c’est une façon de se retrouver !

Voyez Bernard Stiegler*/ sociologue, philosophe. « Réenchanter le monde : La valeur esprit contre le populisme industriel » aux éditions Flammarion

Nous sommes en pleine misère intellectuelle*
On nous vole notre temps libre par le biais de l’attention qui rejoint notre perception du monde.

S’il nous reste 3 h de temps libre, le psycho pouvoir va empêcher notre perception de ce temps libre, d’être en vie, de faire de la politique, la simple perception morale de tout cela, de ce qu’on vit, là, en ce moment.
Nous sommes d’autant plus aliénés que de plus en plus rarement en relations avec nous-mêmes.
Nous ne nous rencontrons plus, non seulement les uns avec les autres mais nous-mêmes avec nous-mêmes aussi !
Char l’avait pressenti dans sa pièce en dix tableaux.

Aujourd’hui, on va être attentif à l’attention
Faire attention, se concentrer sur/ est une pratique énergétique qui veut être détournée par le psycho pouvoir.
Etre attentif à – porter de l’attention à, c’est respecter l’Énergià- qui est en nous. C’est à dire la force vitale qui nous porte- l’élan vital qui nous fait voler vers
L’un des enjeux du psycho pouvoir c’est de nous prendre ce feu intérieur.

La pensée est un mode de l’attention

Husserl parle de la conscience, de l’attention dans son livre « Phénoménologie de l’attention »
Toute conscience a un objet : « Toute conscience est conscience de quelque chose. »
Il n’y a pas de conscience pure, indépendante de ce dont elle est conscience.
Être conscient de notre corps, de nous-mêmes, par exemple.
Nous ne pouvons pas être attentif à rien, dit Husserl.
Toujours attentif à un objet, à un sujet.

Pour parer à ce qui se passe aujourd’hui, on va faire un effort d’attention. Qu’est ce qui se passe autour de nous ?
Sous forme de journal intime. À la première personne & pas plus de 5 lignes, à chaque fois.
Cette fois, pas de consigne buissonnière.

Un objet, votre main, quelque chose, un événement, une rencontre, le temps qu’il fait, le vent dans les bambous...

Ça a l’air simple, & planplan mais prenez soin de votre attention- c’est dire, ne pensez à rien d’autre qu’à ce que vous êtes en train d’écrire !
Minimum 6 extraits de votre journal. C’est à dire 2 textes par jour.
Nous sommes jeudi, on se revoit dimanche.

Quelques pépites extraites du journal de Paul Klee : « L’art ne reproduit pas le visible : il rend visible/ Ne me demandez pas ce que je vois, mais ce que je vis « 
& « Prends conscience d’être une réserve de grâce, d’être un pouvoir d’envol. » Bachelard

*https://www.lexpress.fr/actualite/societe/reclus-et-sans-projet-qui-sont-les-hikikomori-francais_2050894.html

https://www.franceculture.fr/personne-bernard-stiegler.html
& sa fille
https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/barbara-stiegler-crise-sanitaire-actuelle-est-pur-produit-du-neoliberalisme-1818004.html?fbclid=IwAR0efsODX5ECmGBhzy1__Sa_0M2Xr61i_LARSUyAleVnyz32DJj9pCCXNyU

*https://www.centenaire.org/fr/texte-1-paul-valery-la-crise-de-lesprit-extrait

Valéry Meynadier

Cette lumière douce.

Cette lumière douce qui emplit la pièce. J’aime la chaleur qu’elle donne, la douceur. Dès novembre j’ai besoin le soir ou en fin d’après - midi d’allumer toutes ces bougies, de me laisser baigner dans cette douceur. J’ai besoin de cette lumière.
Grande est leur clarté et forte leur chaleur. Je suis rêveuse, heureuse je ressens une grande quiétude.
Cette lumière me tient en vie.

Etre là parmi beaucoup d’autres des jeunes, des moins jeunes, et même ceux qu’on appelle vieux !
Savoir pourquoi on est là. Je ressens beaucoup de joie à être ici sur cette place du Trocadéro. Je me suis dopée avant de venir : anti douleurs, ceinture abdominale et pas de thé ce matin aucune boisson, non avec les troquets fermés !!!
Avoir partagé ce moment avec ma fille me réjouit, c’est un partage de valeurs, vraie rencontre.
Observer tous ces gens, avoir l’impression même furtive de partager quelque chose de plus grand que nous.

Cette boisson qui tout à la fois me réconforte et me stimule. Prendre le bol entre les mains, sentir sa chaleur, voir un peu de fumée juste pour échapper à ce présent.
Etre installée dans mon fauteuil. Prendre le temps de s’arrêter, de m’accorder une pause.
Mon petit bol japonais doré à la texture si douce qui incite à boire de petites gorgées. Humer le parfum légèrement fleuri.
Moment précieux où la rêverie prend toute sa place.

Aujourd’hui le soleil est encore là. Certes il n’est pas très chaud, mais comme il m’est doux de sentir sa chaleur sur le sol du salon là où il darde ses rayons, de le sentir sur mon visage. Je le bois, je l’aspire.
Il nous donne une si belle lumière, surtout quand il commence à disparaître. Les lumières du ciel sont si douces avec des roses improbables, des bleus si tendres et à l’horizon une lumière satinée, soyeuse.

Aujourd’hui je fais le tri dans les jeux, jouets de ma petite fille. Jeux à donner. Mais chaque jeu est un souvenir ou des souvenirs : la voiture téléguidée combien de fois je l’ai reçu dans les pieds avec ses grosses roues, j’entends encore le rire d’Alice ! L’épicerie, tous ces moments à jouer à la marchande où le plus souvent j’étais la cliente avec ou sans bébé de bonne ou de mauvaise humeur. Le dobble avec tous ces éclats de rires. Mouvement de la vie, elle grandit… Mais comme elle m’a dit un jour « tu as 2 filles » « mais non, je n’ai que ta maman » « non tu as la grande et la petite filles ! » Et me voici plongée dans son sourire, dans ses éclats de rire dans ses taquineries.
Comme il est doux de s’abandonner dans toutes ces images.

Je marcherai fixée sur mes pensées sans rien voir du dehors
Je marcherai pour me sentir vivre encore
Je marcherai mais je ne verrai plus rien du paysage
Je marcherai et n’entendrai plus les bruits de la ville
Je marcherai pour me dire encore tu es là !
Je marcherai pour m’armer de tous les courages
Je marcherai pour dire encore et encore NON.

Suzy

Essai du JE en semi sonnet intime

Le temps a filé dans le surplace
J’ai commencé ma journée en écrivant ça à une pote
Avant le café

Chaque matin s’enroule autour du même rituel
Je laisse le réveil sonner toutes les 9 minutes pendant une heure
Je lis les nouvelles du Monde ou pas

Étrangement le premier objet que je tiens est ce téléphone
J’aimerais me retourner et trouver un baiser ou une épaule
Le temps est sans, ces derniers temps

Je me suis installée dans ce quartier il y un peu plus d’une année
Je ne pouvais plus supporter Paris... pour les années perdues que cette capitale portait à nouveau et ses vis à vis
J’ai déjà habité Montreuil... rue de Paris
J’habitais à un carrefour, au 4ème d’un vieil immeuble qui surplombait cette rue grouillante
Fiston est né au dessus des pots d’échappement et d’un café kabyle « les Coteaux du Rhône »

Je ne peux pas me concentrer sur un objet
Et tenir la consigne avec la logique des 4 murs partagés
Surtout quand est évoquée l’interdiction d’école buissonnière

Ce que je sais, c’est que chaque matin
Je bois un café parce que c’est la coutume
J’ai même réussi à faire croire que j’étais infréquentable avant quelques lampées
Je regarde le coin de rue en filant mes pensum à venir
Les paliers sont algériens, les volets d’en face sont yougoslaves ou nivernais (à roulants somfy)

Je réveille Fiston, chocolat miel pops
Ma voix de mère pressante du matin prend le dessus
Je suis sans patience
Slip chaussettes t-shirt pantalon sac d’école
Je file à sa main jusqu’à l’école
Ses joues appellent les baisers
J’ajuste son cache nez et le laisse filer après le pschiiit passé sur ses mains

Et là... en revenant sur mes pas en pensant au refill du café... je sais ce que j’aime dans ce quartier
Je ne suis pas en France
Je marche comme transparente loin de tout
Facile d’imaginer un coin d’Europe de l’Est certes
Mes enjambées se font de plus en plus longues
Je suis dans une avenue d’un quartier populaire simili d’Amérique du Nord
Je vis par procuration et flotte à Montréal
Je ne suis là pour personne et siffle Greco
La clé dans la lourde porte bordeaux, je disparais dans les escaliers me cacher sous les toits

La solitude contrainte des derniers temps ne me pèse pas tant que ça
Elle sied à ce que j’avais mis en place
Je m’arrime à mon poste et aux archives
Je trie je visionne je sélectionne
Je me suis exilée à quelques portes de Paris
Je suis sauvage par période, chacun sa méthode
Je ne sors pas plus que pas. Je comprends ça.
Le monde est violent, l’écrire et le penser ainsi est pour moi une facilité
C’est ma zone de confort d’observer en négatif
Je lis à nouveau, j’écris un petit peu
J’essaie de retrouver le positif
Je me retire du monde en y étant
Je n’aime pas les dystopies
Je suis une vieille qui lisait des romans d’amour

Caroline

Je ?

Je… voilà autre chose… Passer du tu au Je ? Quelle chute !
C’est que Je déteste parler de moi… enfin, parler si peut-être … mais écrire surement pas. De moi sur moi, me vient tout de suite le mot « complaisance ». Se complaire. S’auto-Justifier. S’auto-Gratuler. S’auto-Pitoyer. S’auto-Tendrir. S’autopièger en somme… Un Je qui s’égare en soi.
Parce que j’ai senti , vu, compris, que même lorsque je n’écris pas je, je parle encore de moi, à travers moi et je franchis les barrières qui se dressent devant ce Je. Le Je c’est : Je me tiens - Je tiens les rênes - Je ne me laisse pas aller…
Alors passer par« elle » tout proche de moi. « Elle » elle peut se laisser aller… Ou le « il », plus éloigné mais pourquoi pas. Ah si je pouvais écrire avec un « es »*, comme en allemand… Mais, même avec un es, je - on - parle encore de soi.
Autocensure ? Plutôt masque masque masque. Je en jeux de masques qui vous invite au Carnaval des mots de soi à soi.
* « es »en allemand pronom personnel 3ème personne du singulier neutre (er masculin, sie féminin)

°°°°
L’ailleurs… J’en rêve. Je le rêve depuis toujours. Un ailleurs bariolé et bruyant. Un ailleurs qui distend le temps. Je prends le globe et je le tourne. Il s’arrête. Mes yeux dessus. Multiples pays, multiples tentations.
Des pensées « politiques » m’envahissent : ici, c’est narguer des gens trop pauvres… Là c’est donner des sous, accorder du crédit à un état tyrannique, à un régime d’exploiteurs…
Je ferme les yeux. Je suis dans le métro, le matin, de bonne heure. Des gens bariolés, bruyants. Ou sur la terrasse en face de l’arrêt du 102 Mairie de Montreuil. Beaucoup de monde. Langages bariolés… français, arabe, wolof… Qu’importe. Je ne cherche pas à comprendre. J’écoute cette musique et invente une conversation, éclat d’une vie venue d’ailleurs.
Un jour je partirai.
°°°°
Le paquet de feuilles sous ma main. Je trie. Déjà des feuilles griffonnées. Déjà des mots posés. J’en pointe. J’en articule certains entre eux sur une feuille, entre plusieurs feuilles. Dispose ces feuilles en couronne autour des feuilles vierges. Le stylo à la main. Des mots en mal d’être choisis.
J’hésite. Ma main d’écriture tremble d’écrire, de s’y jeter, de les fixer, de déterminer un destin.
Le stylo finit par glisser sur la feuille. Déformation. Salissure. Affrontement scandaleux. Les dés en sont jetés. Il faut continuer pas à pas. Ma voi-x passe par ma main. Ma main est ma voi-e. On n’y va ! Que les mots ne s’enfuient pas vers d’autres ports !

Catherine

Journal intime

Je choisis un galet ovale pour y peindre un arbre de vie bleu et noir.
Je le dépose sur la tombe de mes aïeux, de mes parents défunts.
Je leur demande de me protéger par la loi de la succession des générations.
Je suis seule dans le cimetière.
Il est 19h.
Un lampadaire nous éclaire et je crois un instant que c est la tombe la plus éclairée, la plus fleurie...
Même pas, mais je suis de leur lignée, ce qui me permet de puiser à même mes propres racines.

Pour peindre ma maison en pleine nature, je prépare ma palette de couleurs et je repère d’où vient la lumière. Puis, je me fais confiance à travers le pinceau plein d’eau et de pigments.
Je suis là à sentir quand cela prend vie.
Alors je retiens mon souffle et me retire à temps, doucement.

Je tremble à l’idée du trait de trop, du mot de trop, du mal entendu qui coupe le lien et me projette désespérée dans un flot de questions.
Qu’a-t-il bien voulu dire ?
Les mots s’usent et se vident peu à peu.
Alors, chercher une autre parole avec des mots sensés qui puissent me délivrer de la séparation .

Christine

Journal

16/11
Enterrement ou crémation ? Curieux de penser à cela juste avant d’aller se coucher. Je m’occupe de mon bien être futur et je me prépare une bonne insomnie avec cette question cruciale.
J’ai longtemps pensé que la crémation c’était l’idéal : cendres dispersées dans des lieux idylliques. Quand il était petit mon fils me disait qu’il me disperserait du haut de la grande roue ou dans le train fantôme. Maintenant je trouve cette façon de dire au revoir un peu violente. Trop près du feu des enfers. Quelque chose de plus reposant, de plus doux est maintenant envisageable : Pourrir petit à petit, nourrir la terre qui m’a nourri, fabriquer le compost… Ainsi le cycle de la vie se perpétue. La lumière n’est pas prêt de s’éteindre et le sommeil n’est pas prêt d’advenir avec tout ce foisonnement de oui- mais, de petites croix dans les colonnes du pour et contre. Tout cela pour un ballottage qui perturbera encore pas mal de nuits.

17/11 7h15
Sous la douche. Je mue. Je constate que les peaux se détachent les unes après les autres. Moi qui aimais tant le faire au soleil. Maintenant je réclame l’obscurité. Est-ce qu’un amant a gardé mon corps en mémoire ?
Je porte les marques du temps, les cicatrices. Qui sont ceux qui trouvent cela beau ? Ce sont des menteurs. C’est pour faire genre. On s’accommode, c’est tout. Après les beautés du corps, les beautés de l’âme. En vieillissant, on se rabat là-dessus.

17/11 9h30
J’aime ne rien dire. Le silence est merveilleux.
 « On fait quoi Maîtresse aujourd’hui ? »
 « Attrapez au vol le silence et laissez-vous guider. »
 « Cool ! »

17/11 20 h
J’ai perdu le fil.
Ecrire c’est lire en soi. Qui a dit ça ? Pas moi, je ne sais plus ! Que lire ce soir en moi afin d’alimenter ce journal ? C’est difficile de ne pas tricher, d’accepter, de lire comme si c’était la vie d’une autre. J’enjolive, je déforme à convenance les pièces à conviction. Je m’invente un autre moi plus acceptable… aux yeux de qui ? de moi ou des autres ?

18/11 17 h
Ice-sweet un de mes chats vient de m’avouer qu’il n’aimait pas les croquettes au saumon. Que depuis cinq ans il les mange pour me faire plaisir et pour faire comme son frère Funky, que d’après lui j’aime plus que lui. S’en ai suivi une longue conversation avec eux.
« Les jumeaux ne sont pas identiques en tout point. La preuve on est habillé différemment »
C’est évident, il me faire un effort pour accepter leur individualité en étant plus à l’écoute.
J’ai pris bonne note de leurs goûts alimentaires respectifs :
Funky : saumon, poulet, agneau et petits pois
Ice-Sweet : Tous les poissons sauf saumon, bœuf, dinde mais pas poulet, carottes

18/11 20 h 30
Devant un film à l’eau de rose. Kleenex à portée de main, je tente de ravaler ces larmes stupides qui tombent désespérément. Quelle connerie ! J’ai le cœur artichaud d’une petite ado au cerveau pas fini qui tourne en boucle le pourquoi de ça a mal tourné ?
Pourquoi les madeleines pleurent t’elles ?

18/11 22 h
Je suis la plante verte qui regarde ce qui se passe dans ma maison. J’observe le ballet des drosophiles issus de la décomposition d’un fruit dans la corbeille, située au-dessus du frigidaire dans lequel un camembert prend du bon goût en s’altérant. Me voilà reparti avec enterrement ou crémation ? Ce thème récurrent n’a pas fini de bousiller mes nuits.

19/11 17 h
Il y a un devoir de mémoire mais y a-t-il un devoir d’oubli ? J’ai fait le tri et vider ma corbeille mentale. Mais suis-je vraiment sûre d’avoir eraser les souvenirs peu glorieux, où ma personnalité trouble ressurgit en affirmant mon côté obscur. Par exemple le jour où j’ai fait pipi sur un bonbon et l’ayant remis dans son papier d’emballage je l’ai offert à l’élève de CE1 qui avait refusé de me laisser copier sur son cahier.
Me voilà entrain de rire. J’imagine la scène à l’heure actuelle, dans ma classe, offrant ce même bonbon à Sarah la peste. Celle qui pendant les cours écrit sur des petits bouts de papier, qu’elle fait passer à tout le monde : Madame Julianna est une grose quonase qui paite.

20/11 20 h
Je ne supporte plus les intellectuels aux éjaculations précoces qui par certains tours de passe-passe vous font prendre les vessies pour des lanternes. Dans leurs eaux troubles, je rame et ne peux m’empêcher d’aller à contre-courant. Il est vrai que ce n’est pas facile de trouver le mot pile-poil : précis mais pas vaniteux.
« Vous avez lu le dernier truc truc ? C’est voluptueux de subtilité « 
« Oui, vous avez raison c’est tellement riche de stupidités que je m’en sers comme invitation à la rêverie. Chaque soir, je ne compte pas les moutons mais ses pages que je fais semblant de lire. »

21/11 20 h
Doux Jésus ! Aujourd’hui tout a été banal et triste. Pourtant il faisait beau. Je pourrais tenter dans ce journal une édulcoration : prendre quelques teintes vives et surligner dans mon texte. Je pourrais « emberlificoter », raconter quelques sornettes. Mais à quoi bon ? Cela ne fera pas illusion. Et puis, il faut accepter les jours moroses pour mieux savourer les jours meilleurs.

Julianna

Journal : le cadeau

Samedi 21 novembre 2020, 19 h
C’est un cadre carré de dix centimètres de côté, qui renferme, emprisonné sous le verre, des plantes séchées aux couleurs variées et un papillon miel et chocolat. C’est le cadeau de tante Marguerite, femme discrète, élégante et indéfinissablement froide malgré sa gentillesse, qu’elle me fait pour ma huitième année. C’est peu dire que ce cadeau me surprend, moi plus habitué aux circuits de voiturettes et aux panoplies de Robin des Bois.

Dimanche 22 novembre, 10 h
En regardant bien, en bas et à droite du cadre, ce que prenais pour un monstre marin, à mi-chemin entre une étoile de mer et un poulpe fripé, doit être une edelweiss séchée. Pendant l’enfance, le cadeau de tante Marguerite, qui persistait à se montrer sur une étagère, m’a semblé symboliser une erreur grave, le contresens d’une adulte sur la psychologie d’un enfant, moi. Car je méprisais alors les plantes, les natures mortes, les herbiers, l’immobilité, toutes sortes de choses qui m’apparaissaient ressortir à l’univers des femmes adultes, comme le tricot.

Dimanche 22 novembre, 14 h 15
Plus tard, à l’adolescence, quand ce petit cadre réapparut lors d’un déménagement, mon jugement évolua. Sous l’effet d’une secrète culpabilité, je me fis magnanime. Froide et discrète, ma tante avait quelque chose de raffiné. Par ce cadeau, elle qui était veuve de guerre et qui avait élevé ma cousine Jacqueline sans la présence d’un homme, sans doute avait-elle voulu m’ouvrir un autre chemin de rêverie que celui, plus remuant, du foot et des romans d’aventure, un chemin fait de contemplation et de poésie. Et étrangement je lui sus gré d’avoir cru en cette possibilité pour le petit garçon que j’étais.

Dimanche 22 novembre, 14 h 45
Je retourne le cadre, que la réfection de mon appartement a fait revenir sur une étagère. Sur le dos, un tampon à l’encre est visible : autour d’un grand papillon, deux cercles concentriques contiennent les dessins minuscules d’une edelweiss, encore, d’un écusson suisse, et une inscription en lettres capitales : "ALPFLOR - PAPILIO - DECORS". Je suis surpris. Il s’agit d’un produit typiquement suisse, destiné aux touristes. Quel rapport avec ma tante qui a vécu toute sa vie dans la petite ville de Bourges, dans le centre oublié de la France, qu’elle ne quitta guère ? Soudain je comprends. Ce cadeau n’était ni un contresens sur les désirs d’un petit garçon, ni la tentative louable de l’ouvrir au monde délicat de l’art et de la poésie naturelle : j’imagine ma tante, venue nous rendre visite à Genève, qui descend du train gare de Cornavin sans cadeau pour son neveu dont c’est par coïncidence l’anniversaire, et qui pénètre vivement dans une boutique de souvenirs dépourvue malheureusement de voiturettes, de livres et de pistolets à eau.

Michel

- Life is une tartine de peine -

Jeudi 19 novembre 2020
Je suis affalé dans mon canapé Ikea vaguement confortable. Je porte un bas de survêtement, des charentaises et j’observe ma jambe droite surélevée sur l’angle de la table basse. Je viens de prendre un bain de pied et de tailler mes ongles d’orteils. Ce n’est pas le moment d’avoir un bout de griffe incarné dans le panard. Je veux juste rester peinard dans mes pénates, quitte à être looké comme un moine penaillon.
À la télévision, c’est soirée football sur RMC Sport. Penalty logique transformé par les Anglais. Encore une soirée pénible pour l’équipe de France. Et pour moi.

Vendredi 20 novembre 2020
Ce midi, j’ai cuisiné des penne à la sauce charentaise avec du poisson pané. La panure était sans chapelure et réalisée à l’anglaise, façon fish & chips. J’ai pris mon temps, j’ai écouté France Info me donner des nouvelles des votes en Pennsylvanie. Je testais cette recette avant de la reproduire lors de mon dîner de samedi avec Pénélope. Mon ami Lorenzo m’a donné toutes sortes de tips, dont cette ficelle gastronomique. Il m’a dit que cette préparation était hautement aphrodisiaque, capable d’emmener toute femme dans son lit. Et moi je comptais évidemment présenter mon pénis à Pénélope.

Je n’habite pas un pentahouse, mais mon appartement est agréable. Bien sûr, je rêve comme tout le monde d’un château sur la péninsule ibérique, mais c’est un peu la pénurie de penny en ce moment. J’ai des pénalités pour avoir payé mes impôts too late et ce n’est pas Muriel Pénicaud qui va me renflouer.

Samedi 21 novembre 2020
J’aimerais me lancer un nouveau défi pour épater Pénélope. J’envisage de prendre des cours de pendjabi, une langue indonésienne fonctionnant avec trois intonations. Malgré ma maîtrise fluent de l’anglais, je ne parviens toujours pas à retenir le bon accent british. Depuis tout jeune, je ne varie pas assez le ton de ma voix. Je ne suis que monotonie. Et puis de l’anglais, j’en connais tout le panel. Ce n’est que du Français mal prononcé en fin de compte.

Enfin le pendjabi, ce sera pour dans l’an prochain, car cette année, je me suis inscrit à un cours de Penjing à la Maison populaire de Montreuil, afin de m’initier à l’art chinois du paysage en pot. Cette discipline est plus connue sous le nom de son dérivé japonais, le Bonsaï. Je compte ainsi évoquer mon nouveau centre d’intérêt à Pénélope, un autre conseil de Lorenzo : selon lui, parler de ses passions attise l’excitation des femmes lors d’un date.

Dimanche 22 novembre 2020
Je me réveille tôt ce matin, c’est encore la pénombre dans mon apartment. Je regarde les péniches s’épencher sur la Seine en buvant my first coffee of the day. Hier, j’ai réussi à n’en boire qu’une petite dizaine. Mon objectif, c’est de m’en tenir à trois par jour.

Pénélope n’est pas venue hier soir. Pas de pénétration, donc. Elle a mis fin au suspense vers 20 h en m’envoyant un texto qui disait « Désolée, je suis pas open ». Je venais juste de terminer de concocter l’apéritif, une tapenade au panais et à ce moment-là les ondes de Nostalgie diffusait « Les portes du pénitencier » de Johnny Hallyday. Ça m’a donné des acouphènes et j’ai pris directement un sachet de pénicilline. Après j’ai eu mal au ventre comme si j’avais l’appendicite. Je me sentais vilipendé, vidé comme un pentathlonien en panne du pantalon.

Hier soir j’ai donc congelé mon plat de penne et je me suis nourri de tranches de pain à grand-peine.

En fait, j’avais de la pain. Life is une tartine de peine. So I put pen to paper.

Xavier


Consigne 8

C’est l’histoire d’une chanson

Laquelle ?

De guerre, de marche, de noce, de table, des trépassés ; chanson de conscrit, de corsaire, de cow-boys, des faneuses, des lavandières, de marins, de nourrice, du pêcheur, des rameurs, du régiment, des vendanges ; chanson comique, courtoise, érotique, funèbre, gaillarde, langoureuse, libertine, naïve, patriotique, réaliste, révolutionnaire, triste ; chanson bretonne, de café-concert, gitane, tzigane, ETC

Qui parle de quoi ?
Dans quel paysage ?
À qui ?

On va partir de Jacques Roubaud* : “je n’ai jamais pensé à un poème comme étant un monologue parti de quelque part de l’arrière de ma bouche ou de ma main. Un poème se place toujours dans les conditions d’un dialogue virtuel.”

À l’image du Chant du bossu joueur de flûte des Indiens Hopi, de André Cohen-Aknin

1/
Vous allez trouver un héros- ici c’est le bossu, qui est le titre du chant... Ou bien un anti héros-

2/
Faites deux listes : à gauche ce qu’aime votre personnage, à droite ce qu’il n’aime pas...

Soyez attentif à vos listes. La liste est un bon déclencheur d’écriture et mine de rien, elle caractérise un personnage ou une personne, elle met en place l’univers, on commence par un mot puis un autre et de répertorier ainsi, la plume s’entraîne, dépasse le petit refrain monotone de la verticalité, improvise sa propre voix, fredonne sa mélodie.

3/
Ensuite, vous allez écouter l’émission sur Keith Jarrett* envoyé en lien...
« L’idée de la mystique c’est ça : comment peut-on raconter ce qui n’est pas racontable ? Dans les années 70, les jazzmezn s’identifient énormément, en particulier Jarrett, aux traditions mystiques où la poésie et la musique sont les seuls moyens, les seuls vecteurs, pour transmettre l’intransmissible :
la rencontre avec dieu. »
Raphaël Imbert

Vous avez un bagage, vous avez votre sujet- votre lieu- éventuellement vous adressez à quelqu’un... Pas forcément... Ça peut aider... & après, il s’agit de mettre en forme ce que vous avez...
En rythme dans votre tête. I
ll va s’agir de trouver le tempo en accord avec le texte…
Jack Kérouac* avait une écriture spontanée, rythmique d’entrée de jeu- En voiture avec des amis, ils avaient un jeu : parler, ne pas s’arrêter de parler sur 10, 20, 30 kilomètres !
Ils en arrivaient bien sûr à dire n’importe quoi mais dans ce n’importe quoi, il peut y avoir des perles rares !

4/
Donc, dans un premier temps, vous allez écrire, sans reprendre souffle, sans pause, je veux dire, pendant, 5 minutes...
Dans un premier temps pas de ponctuation. Vous écrivez 5 minutes sans que le stylo s’arrête… Pas une seule fois, il ne remonte à la surface de la feuille, votre stylo !
( & faites attention, les stylos sont mes amis, ils me disent tout !)
Dans un deuxième temps, vous relisez & dans ce 5 minutes de folie douce, des choses vont se découvrir, des inattendus, des drôles de trucs…
Il ne faut pas avoir peur du saut dans le vide de la feuille.

Vous êtes dans l’impro, votre stylo est un saxo, une trompette, une bass, ce que vous voulez, vous êtes sur scène & c’est votre solo !

Vous avez des pistes. Votre bagage. Vos listes & le nom de votre héros ou anti-héros...
Vous avez le droit au bégaiement ex : ya ya yaya- y a quoi ?
Je vous le conseille même…

Après ces cinq minutes, vous posez le stylo, vous reprenez votre souffle & vous lisez votre impro/bable texte…

& seulement là, vous élaborez votre chanson !

Vous pouvez commencer vos phrases par ce type de flux : ohohohoh -

Des scènes d’actions, de repos, des portraits !
N’oubliez pas de préciser les images, d’imaginer des métaphores...
Il va falloir polir votre style, enrichir le lexique...
Répétitif ? Simple ? Baroque, barré ? Parlé ? Pittoresque ? Argotique ?Poétique ? Politique ?

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde » Camus

Quand vous considérez que votre travail est abouti, n’hésitez pas à relire !

Pensez à la bonne attaque de vos phrases, à la chute de vos phrases qui tombent juste dans le point & repart après…

& pour savoir quelles émotions va susciter la chanson en vos lecteurs, pourquoi ne pas envoyer votre chanson à quelqu’un, quelqu’une de l’atelier ?
Lui confier votre chanson ?
& qu’il soit sincère !
A-t-il été touché ? Par quelle partie du texte ?
& pourquoi ?

* https://www.telerama.fr/idees/jacques-roubaud-je-construis-des-livres-qui-ont-une-organisation-interne-reflechie,109188.php
*https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-emission-du-lundi-23-novembre-2020?fbclid=IwAR1wtwQI1wpY1TpfGDBr9bSW4ulUQuZYo1nxUSr5TMbyp7FsPdlH-Hn3OAI
*https://www.vogue.fr/vogue-hommes/article/jack-kerouac-beat-generation

Valéry Meynadier

Coeur - chaos

Un cœur qui bat qui naît qui espère. Qui s’argumente de ce qu’il suppose. Et dérive, prend la tangente. Se moque de lui, de soi, des autres. Jamais il n’atteindra son but. Jamais il ne se contentera de soi. Ni des autres. Ni d‘un comment, ni d’un pourquoi. A quoi cela ressemblerait. Il y a cette musique réflexive et celle qui éclate. Quelque part il y a un cœur qui éclate, court plus vite que lui-même. Il ne s’en rend pas compte. Comme s’il avait peur de respirer, de cesser d’exister. Il s’arrête. Un bord de trottoir, un petit filet d’eau qui glisse entre les pavés, qui emmène au loin les feuilles mortes. Les suivre du regard. Les enfourcher. Et aller plus loin avec elles, et plus vite, plus vite. Courir à perdre haleine. Plus loin la campagne, la verdure. Plus loin un petit lac, petit étang. Un grand élan et les pieds se glissent dedans, les pieds se chaussent de l’eau glacée. Rien ne va plus. Qu’est-ce que cela peut lui faire que l’eau froide qui remonte le long des jambes, que les cuisses qui se crispent jusqu’au ventre malgré lui et qu’il en tremble. Qu’est-ce qu’il avait rêvé. Qu’est-ce qui arrive. Qu’est-ce donc qu’il faudrait qu’il rêve. A quel rêve s’astreindre. Quel parti prendre autre que celui auquel on l’a promis. Trouver un ruisseau qui l’emmène ailleurs, toujours ailleurs. Aller retrouver la foule qui danse qui joue qui rit et puis s’en détacher. Trouver. Insister. Son chemin, lequel ? Et celui qu’il va trouver sera-t-il toujours le sien. Respirer. Un tonneau va se renverser dans le ruisseau et noyer les feuilles . Respirer respirer. Reprendre. Combien de fois. A qui cela est-il déjà arrivé. A qui cela arrivera-t-il. Ou pas ? Mais il doit continuer. Retrouver son pas. Son bout de chemin. Comment faudra-t-il le comprendre. S’en déprendre ?

Catherine

Chanson grande petite Miss

Gamine, dans l’urgence de vivre, ton impatience était trop forte
Plus de cour de récréation mais des chemins de traverse
qui ton conduit dans la cour des grands
Trop tôt ! trop tard ! Marre ! T’as choisi maintenant
Alors, dans le train t’as sauté un wagon
Pas de vagues, t’as choisi une coupure bien nette pour saborder ton navire
Sous les sunlihgts, tu cherches ta mouv dans le silence

Refrain :
Yo, Wesh wesh wesh Miss
T’as le sum et pas la tune
Wesh wesh wesh, Yo Miss
Tu kiffes, zaps, niques, flash
nimportenawak , Ouf de toi, j’suis ouf de toi.

Princesse, provocante de vie, dans ta façon de marcher, de t’asseoir, de parler et de rire
Ton rimel est frelaté,Y’a un bug dans ton blush, ton gloss blablate
Kif- kif un prospectus de promo
Mais tu t’en fouts parce que t’as la nénette en fleur
Moulée dans ton jean, tes jambes ne savent plus où donner d’ la tête
Tu boots tes nibards au coton pour offrir un double décolleté
Et tes talons hauts perchés, dansent désinvolte
Tu rêves de nuits flamboyantes pour t’engouffrer et te sentir aimé.

Refrain :
Yo, Wesh wesh wesh Miss
T’as le sum et pas la tune
Wesh wesh wesh, Yo Miss
Tu kiffes, zaps, niques, flash
Nimportenawak, Ouf de toi, j’suis ouf de toi.

Meuf, Y’a des regards de chelous qui s’posent sur ta moue ;
Pendant qu’ toi, tu fais des bulles avec ta paille au fond de la grenadine
Les loustics te matent comme une putain de croisière.
Pendant qu’toi, tu rêves d’un beau gosse aux tablettes de chocolat
Y cherchent des arrangements pour t’la faire à l’envers
Pendant qu’toi, t’économises pour t’payer un macdo chic avec un hamburger trois étages
Y sont piégés dans la roue du hamster
Pendant qu’toi tu chantes par-dessus tête ton émancipation

Refrain :
Yo, Wesh wesh wesh Miss
T’as le sum et pas la tune
Wesh wesh wesh, Yo, Miss
Tu kiffes, zaps, niques, flash
Nimportenawak, Ouf de toi, j’suis ouf de toi.

Frangine, T’as envie de mettre la chanson sur pause
Y’en a qui dise qu’t’as la cloque, un pantin dans le placard
Tu t’en tamponnes , Y’a du larsen dans la cohue des langues des vipères
Pendant c’temps, dans le plus grand des secrets, t’écris des chansons d’amour
En espérant un jour les écouter à la radio

Refrain :
Yo, Wesh wesh wesh Miss
T’as le sum et pas la tune
Wesh wesh wesh, Yo, Miss
Tu kiffes, zaps, niques, flash
Nimportenawak, Ouf de toi, j’suis ouf de toi.

P’tite nana t’es une bombe,
Tes followers, tes amitiés virtuelles, tu veux leur péter la pupille.
T’as la rage à l’arrache , cash tu vas au clash
Tu veux croquer le gros lot et pécho la vie
Tu claques les portes en réclamant la lune, et t’as bien raison
Tu n’as rien à perdre et tout à essayer

Refrain :
Yo, Wesh wesh wesh Miss
T’as le sum et pas la tune
Wesh wesh wesh, Yo, Miss
Tu kiffes, zaps, niques, flash
nimportenawak , Ouf de toi, j’suis ouf de toi !

A nous deux on peut la décrocher ta lune.

Julianna

Informations

Les ateliers d’écriture ont lieu les jeudis de 18 h à 20 h.

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