Résidence de création artistique

Pascal Marquilly

De janvier à décembre 2017

Artiste invité par Blandine Roselle, commissaire en résidence dans le cadre de l’exposition du centre d’art « L’Autre… De l’image à la réalité ».

Ombres de Chimère

Un projet pluridisciplinaire en cours de développement, pensé en étroite collaboration avec François Andes et Luiz Gustavo Carvalho.
À partir de recherches comparatives sur la thématique de l’ombre, un dispositif numérique est imaginé mettant en avant des concordances ou des similitudes entre les mythes et certains arts populaires de différentes cultures et à différentes époques.

Différentes études, ou cer­tai­nes intui­tions de dif­fé­rents pen­seurs nous lais­sent ima­gi­ner que les ombres pro­je­tées sur les parois des grot­tes par les pre­miers feux, la lumière alors vacillante ren­contrant d’autres corps, celui de pierre, cailloux, ou encore d’hommes réunis autour de la source de cha­leur, seraient à l’ori­gine en partie des pre­miers des­sins parié­taux.

Et puis plus loin, que ces ombres des­si­nées pour­raient être à l’ori­gine des pre­miè­res repré­sen­ta­tions mytho­lo­gi­que, des formes ima­gi­nées par les hommes pour se saisir du monde, pour le com­pren­dre, pour se sou­ve­nir et se relier aux ori­gi­nes...

Une pre­mière hypo­thèse qui fonde notre démar­che est que le dessin, l’appa­ri­tion de l’image cor­ré­la­tive à un geste mai­trisé de l’homme, pro­vien­drait de l’ombre... La fable rap­por­tée par Pline l’ancien dans son Histoire natu­relle, décri­vant de quelle manière le potier Butadès modela le corps de l’amant de sa fille à partir de son ombre tracée sur une muraille et les repré­sen­ta­tions pic­tu­ra­les qui en décou­lè­rent, entres autres les gra­vu­res de Johann Jacob von Sandrat, dans son Academia nobi­lis­si­mae artis pic­to­riae, ou l’ori­gine de la pein­ture de Jean-Baptiste Regnault, sem­blent accor­der à cette sup­po­si­tion toute sa per­ti­nence.

Il sem­ble­rait que dif­fé­ren­tes moda­li­tés de repré­sen­ta­tions, notam­ment mytho­lo­gi­ques, se retrou­vent de loin en loin dans leur simi­li­tude auprès de nom­breu­ses civi­li­sa­tions, de même pour les croyan­ces liées à l’ombre. Nous nous réfé­re­rons à l’ouvrage depuis lar­ge­ment com­menté de James George Frazer, Le rameau d’or, en tant qu’étude com­pa­ra­tive des mythes et de la reli­gion.

Notre recher­che nous mène aussi à explo­rer les intui­tions de Carl Gustav Jung et la concep­tua­li­sa­tion d’arché­ty­pes qui nous mon­tre­rait que cer­tai­nes images tra­ver­sent l’incons­cient col­lec­tif, qu’il se pour­rait que cer­tai­nes ombres se pro­jet­tent encore à tra­vers les mil­lé­nai­res... Ainsi des images ou d’autres types de repré­sen­ta­tions seraient partie liées avec notre cons­cience col­lec­tive, mais seraient tout aussi déter­mi­nant dans notre incons­cient col­lec­tif...

Nous nous inté­res­sons tout par­ti­cu­liè­re­ment à l’œuvre déve­lop­pée par Arthur Bispo do Rosário (1911 - 1989, née dans le nord-est du Brésil), pen­sion­naire de la Colônia Juliano Moreira, hôpi­tal psy­chia­tri­que de la ban­lieue ouest de Rio, qui nous montre une car­to­gra­phie men­tale du monde déployée par une per­sonne alors à l’iso­le­ment, et pour autant dia­lo­guant ins­tinc­ti­ve­ment avec les cou­rants les plus ful­gu­rants de l’art contem­po­rain. Arthur Bispo do Rosário pensa toute sa vie qu’il avait reçu une mis­sion divine consis­tant à dres­ser un cata­lo­gue trans­cri­vant lit­té­ra­le­ment la richesse de la terre des hommes, et les sauver d’une fin du monde à venir.

L’œuvre de Bispo Do Rosàrio est mar­quée par un fort syn­cré­tisme et par la pré­sence des signes du Candomblé, reli­gion afro-bré­si­lienne d’ori­gine Yorubà. Cette pra­ti­que (se déve­lop­pant au Brésil avec la traite négrière) et les rituels qui en décou­lent se retrou­vent au centre de nos préoc­cu­pa­tions, por­tant dif­fé­ren­tes mytho­lo­gie, de la Grèce ancienne à l’Afrique sub-saha­rienne jusqu’en Amérique du Sud. Nous nous réfé­re­rons à l’oeuvre de Pierre Fatumbi Verger, eth­no­lo­gue fran­çais, qui a lon­gue­ment étudié la culture Yoruba, et plus spé­ci­fi­que­ment ses col­lec­tes de témoi­gna­ges por­tant sur le trafic des escla­ves vers Salvador de Bahia.)

Nous pui­sons enfin dans le poème l’Énéide de Virgile et dans la Divine Comédie de Dante, à tra­vers les entre­la­ce­ments du lit­té­raire et de l’ima­gi­naire pour appro­cher les éclats poé­ti­ques qui nous montre l’au delà ou qui éclairent les ténè­bres, et qui ont contri­bué à la pensée théo­lo­gi­que chré­tienne expo­sant la lumière divine et sa part d’ombre.

Il s’agira aussi d’étudier com­ment l’usage de l’ombre dans la pein­ture, de Leonard de Vinci aux pein­tres Ténébristes, influença cer­tai­nes moda­li­tés de repré­sen­ta­tions et de pen­sées, l’ombre pas­sant de la nuée à la démo­ni­sa­tion.

Il s’agit aussi d’abor­der d’autres ombres se pro­je­tant encore aujourd’hui sur la terre des hommes, dans des conflits plus des­truc­teurs et sau­vage que jamais, dont les images nous par­vien­nent de loin en loin, comme des ombres spec­tra­les flot­tants sur nos écrans.

Parallèlement, nous fouille­rons ce que pour­raient nous ren­voyer les ombres de l’enfance, flot­tant dans les ondes par­fois abs­traite de la mémoire, et nous pro­je­tant sans cesse vers un deve­nir trou­ble où s’édifiant sou­dai­ne­ment.

Nous déve­lop­pons fina­le­ment une recher­che her­mé­neu­ti­que autour de l’ombre, ou nous ten­te­rons de donner à voir une vision du monde et des hommes à tra­vers leurs croyan­ces ou leurs pro­jec­tions mys­ti­ques, qui s’ins­crit dans une époque, comme le note pré­ci­sé­ment Max Milner dans son essai sur l’ombre, L’envers du visi­ble : « où le visi­ble pro­li­fère d’une manière pro­por­tion­nelle à son manque de pro­fon­deur ».

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Courtesy de l’artiste

  Biographie
Auteur, met­teur en scène, plas­ti­cien, réa­li­sa­teur, Pascal Marquilly porte un tra­vail artis­ti­que trans­dis­ci­pli­naire inté­grant acti­ve­ment toutes les com­po­san­tes de l’image dans ses créa­tions. Celles-ci sont le sup­port d’une mise en scène se confron­tant à la réa­lité sociale et poli­ti­que contem­po­raine. Il emprunte selon les contex­tes dif­fé­ren­tes voies dis­ci­pli­nai­res, asso­ciant l’acte créa­tif à une méta­mor­phose esthé­ti­que per­ma­nente. Sa démar­che inter­roge les méca­nis­mes de la repré­sen­ta­tion, intè­gre la par­ti­ci­pa­tion des publics et leur appré­hen­sion d’une œuvre, ques­tionne l’idée du commun. Il confronte régu­liè­re­ment sa démar­che à d’autres par de nom­breu­ses col­la­bo­ra­tions.

Il sera le pre­mier lau­réat du prix « Ecrire pour la rue » de la fon­da­tion Beaumarchais et de la SACD en 1998 pour Pièce pour para­pluie et leurs marion­net­tes (PPPM). Il rece­vra à plu­sieurs reprise l’aide de la DMDTS par l’obten­tion d’une bourse d’aide à l’écriture notam­ment pour PPPM (1999) et Errata (2003), projet théâ­traux plu­ri­dis­ci­pli­naire. En 2015 il écrit pour le cinéma un scé­na­rio (Dans mes larmes tu regar­de­ras...) qui est en cours de pro­duc­tion.

Ces tra­vaux théâ­traux plu­ri­dis­ci­pli­nai­res ont été pro­duits et dif­fu­sés par des fes­ti­vals de théâ­tre de rue (Festival trans­na­tio­nal Chalon dans la rue) ou par des scènes natio­na­les (le Bateau Feu - Dunkerque, Culture Commune - Loos en Gohelle), par des musées (Nicéphore Niepce - 2008) ou encore par l’Institut Français (El cielo esta vaccio, 2000), Pérou - Equateur - Bolivie ou Fuir la Spirale (2005), Cuba, ou encore lors du Festival Mondial de la Marionnette à Charleville Mézière (2014 – col­la­bo­ra­tion avec François Andes).

Depuis 2011, il col­la­bore régu­liè­re­ment avec François Andes pour la créa­tion d’ins­tal­la­tion monu­men­tale (Curiosités à Béthune en 2011 et Les Horizons Lointains à Dunkerque en 2013), ou la créa­tion d’œuvres plus inti­mis­tes avec Chimère(s), Tiradentes (Festival Artes Vertentes, Brésil, 2015), Anatomie de Chimère, Calais (Ecole d’Art de Calais, Cité inter­na­tio­nale de la mode et de la den­telle, 2016), ou encore un projet de Roman Graphique Des dieux, rési­dence en Sicile (2016).

Ses réa­li­sa­tions vidéo­gra­phi­ques sont dif­fu­sées par Heure Exquise (notam­ment Images du Monde - Monde d’images 2004 / Fantômes et autres 2009, dans de nom­breux fes­ti­vals art-vidéo : entre autres, ren­contres vidéo et poé­ti­que de Marseille, Festival côté cour Pantin, le Cube Paris, Vidéoformes Clermont Ferrant, Signes de nuit Pescara - Italie, Arts Electronica Bogota - Colombie, Festival Viper Basel - Suisse...). Depuis 2014, il réa­lise une série de film inti­tu­lée Horizons Lointains sur dif­fé­rents lit­to­raux à tra­vers le monde (Dunkerque - France, Annaba - Algérie, Saint Louis - Sénégal, Shéfa - Vanuatu, Thio - Nouvelle Calédonie…) et béné­fi­cient régu­liè­re­ment de dif­fu­sions (sous la forme de ciné concert, en col­la­bo­ra­tion avec Lukiz Gustavo Carvalho).

En 2015, les films Horizons Lointains sont dif­fu­sés lors de Nuit Blanche, Paris. En 2016, il est lau­réat de l’appel à projet cultu­rel de l’Institut Français d’Alger. En 2017, il est artiste rési­dent à l’année à la Maison Populaire de Montreuil.

Pascal Marquilly est art­site asso­cié au Groupe A – Coopérative cultu­relle.


 Calendrier de jan­vier à décem­bre 2017
TEMPS DE CRÉATION
Cinq séquen­ces d’une semaine de pré­sence de l’artiste à la Maison popu­laire.
Les quatre pre­miè­res séquen­ces seront dédiées à la pré­pa­ra­tion des tam­bours d’ombres (dessin sur machine) et décou­page laser.
Chaque séquence sera accom­pa­gnée de ren­contres avec dif­fé­rents publics adul­tes et enfants pour les impli­quer dans le pro­ces­sus de créa­tion et abor­der avec eux une dis­cus­sion et échange autour de la mytho­lo­gie.
 du 16 au 21 jan­vier 2017, du 20 au 25 février 2017, du 3 au 8 avril 2017 et du 10 au 14 juillet 2017.

La cin­quième séquence 18 sep­tem­bre au 2 octo­bre 2017 sera dédiée à ins­tal­la­tion et au régla­ges de l’œuvre dans le centre d’art pour le troi­sième volet de l’expo­si­tion.

TRAVAIL AVEC LES PUBLICS
 Samedi 21 Janvier 2017 à 19 h
• Soirée de lan­ce­ment de la rési­dence artis­ti­que de créa­tion mul­ti­mé­dia de Pascal Marquilly.
Présentation de son projet Ombres de Chimère et pro­jec­tion de son film Images du monde, monde d’images (France, 2004, 10’54, Art vidéo, ver­sion ori­gi­nale fran­çaise).
Projection suivie d’un échange avec Pascal Marquilly.

RENCONTRES PÉDAGOGIQUES
Chaque ate­lier sera suivi d’une confé­rence per­met­tant aux par­ti­ci­pants d’appré­hen­der les enjeux esthé­ti­ques pro­pres à la déma­té­ria­li­sa­tion d’une image et à sa pro­jec­tion en tant que phé­no­mène phy­si­que.
 Mercredi 8, jeudi 9 mars et ven­dredi 10 mars 2017
De l’image à sa pro­jec­tion - Workshop et confé­rence
Horaires : de 9 h -12 h / 14 h à 18 h (Par cré­neaux de 2 heures et plus si dis­po­ni­bi­li­tés)
Durée : 3 jours
Public : pas de pré-requis
Nombre de par­ti­ci­pants : 10
Workshop : com­po­si­tion sur Illustrator
Lieu : Maison popu­laire

 Mercredi 22, jeudi 23 et ven­dredi 24 novem­bre 2017
• Jeu d’ombres, jeux de l’autre - Workshop et confé­rence
La der­nière ren­contre sera suivie d’une confé­rence à 18 heures
L’ate­lier aura pour objet de tester dif­fé­ren­tes pos­si­bi­li­tés de pro­jec­tions d’ombres dans l’espace, de fabri­quer des dis­po­si­tifs de pro­jec­tion à partir des réa­li­sa­tions effec­tuées lors du pré­cé­dent ate­lier.
Parallèlement, le corps sera mis à contri­bu­tion tant comme sur­face de pro­jec­tion que comme outil per­met­tant la créa­tion d’ombres.
Horaires : 14 h-18 h
Durée : 3 jours
Public : pas de pré-requis
Nombre de par­ti­ci­pants : 10
Workshop : essais de pro­jec­tion d’ombres
Lieu : Maison popu­laire.

 Vendredi 24 novem­bre 2017 de 20 h à 22 h
Rencontre avec Pascal Marquilly
Conférence autour de sa rési­dence de créa­tion artis­ti­que Ombres de Chimère.
Pascal Marquilly pro­po­sera une digres­sion autour des sujets qui ont pré­sidé à l’élaboration de l’œuvre, où il sera ques­tion de fouiller l’ombre et la lumière, les ténè­bres et la vision, la folie et la raison…
À la Maison popu­laire
Réservations conseillées par télé­phone au 01 42 87 08 68
Entrée gra­tuite dans la limite des places dis­po­ni­bles

DIFFUSION
 Exposition du mer­credi 4 octo­­bre au samedi 9 décem­bre 2017
"L’Autre... De l’image à la réa­lité 3/3 : L’Autre Nous."
Vernissage le mardi 3 octo­­bre 2017 à partir de 18 h
L’œuvre de Pascal Marquilly Ombres de Chimère se situe entre une ins­­tal­­la­­tion et un théâ­­tre d’ombre. Le public pourra décou­vrir dans la black box du centre d’art les tam­bours sus­pen­dus, animés en accord avec la com­po­si­tion sonore asso­ciée.

 Vendredi 8 décem­bre 2017 à partir de 18 h
Soirée de finis­sage et de lan­ce­ment du cata­lo­gue
À la Maison popu­laire - Entrée gra­tuite

Informations

La Maison populaire est soutenue par la Ville de Montreuil, le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, le Conseil régional d’Ile-de-France, le ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Ile-de-France.

Pour tous renseignements contactez Annie Agopian

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